Mercredi 31 mai 2006 3 31 /05 /Mai /2006 04:53

Traitement de la lombosciatique par nucléolyse laser.

 A propos de 30 patients suivis 6 mois.

R. Dupuy¹ ³, B. Lavignolle², J.R. Vigne¹, D. Liguoro¹, M. Dautheribes¹, F. San Galli¹, J Guérin¹

¹ : Service de Neurochirurgie A, CHU Pellegrin, place Amélie Raba-Léon, 33000 Bordeaux

² : Service de Chirurgie orthopédique (Pr Vital), CHU Pellegrin, place Amélie Raba-Léon, 33000 Bordeaux

³ : Service de rhumatologie (Pr Dehais), CHU Pellegrin, place Amélie Raba-Léon, 33000 Bordeaux

Tirés à part : Dr R. Dupuy, service de Neurochirurgie A, CHU Pellegrin, place Amélie Raba-Léon, 33000 Bordeaux

RESUME

Depuis1986, le laser est utilisé dans le traitement percutané des hernies discales. Grâce à un effet thermique, il induit une vaporisation du nucleus pulposus et permet une décompression  discale à l’origine du soulagement des patients.

Objectifs de cette étude. Evaluer l’efficacité clinique de la nucléolyse laser sur la douleur, l’incapacité fonctionnelle et la qualité de vie de patients souffrant de lombosciatique par hernie discale

Méthode. Trente patients porteurs d’une lombosciatique par hernie discale depuis plus de trois mois ont été sélectionnés à partir de critères cliniques et radiologiques. Tous n’étaient pas soulagés par un traitement médical bien conduit. Tous ont été traités par voie percutanée avec un laser diode 940 nm de longueur d’onde. Tous ont été suivis de façon prospective sur une durée de six mois par un examinateur différent de l’opérateur. Les paramètres d’évaluation étaient le niveau de douleur lombaire et radiculaire ressentie (EVA),  le degrés d’incapacité fonctionnelle (Oswestry) et la qualité de vie (SF-36).

Résultats. 6 mois après l’intervention 23 (76.6%) patients sur les 30 inclus étaient soulagés de leur douleur sciatique (EVA < 20% ). La douleur lombaire et le degrés d’incapacité fonctionnelle diminuaient tandis que la qualité de vie augmentait. Les patients en échec trois mois après la procédure (23.4%) ont tous été soulagés après discectomie chirurgicale.

Conclusion. La nucléolyse laser permet une diminution significative à 6 mois de la douleur, de l’incapacité fonctionnelle et une augmentation de la qualité de vie dans un groupe de patients sélectionnés porteurs d’une lombosciatique résistante au traitement médical.


INTRODUCTION

Dans le souci de minimiser la voie d’abord, le temps d’hospitalisation et les complications de la chirurgie discale à ciel ouvert, un traitement percutané des hernies discales a été développé depuis 25 ans. Différentes techniques de discectomies ont été décrites : la discectomie instrumentale (1), la décompression latérale de décharge de MONTEIRO et coll. (2), la discectomie sous endoscopie (3) et la nucléoaspiration automatisé de G. ONIK (4).

ASHER et CHOY furent les premiers en 1986 à mettre au point la nucléolyse percutanée laser lombaire (5) ; ils utilisaient un laser néodynium YAG. D’autres auteurs comme SIEBERT (6) LIEBLERT (7) ou GANGI et coll. (8) utilisent le laser dans le traitement percutané des hernies discales.

Nous rapportons notre expérience à propos de 30 patients souffrant d’une lombosciatique par hernie discale, traités par nucléolyse laser et suivi pendant 6 mois.

METHODES

Population

L’étude a été réalisée au Centre Hospitalo-Universitaire de Bordeaux. Les patients étaient recrutés par des rhumatologues, des spécialistes de médecine physique, des neurochirurgiens et des chirurgiens orthopédistes. Les critères d’inclusion et d’exclusion étaient les suivants :

·        Critères d’inclusion :

Patients âgés de moins de 65 ans, porteurs d’une lombo-sciatique résistante au traitement médical et repos depuis plus de 3 mois.

Présence au scanner ou à l’IRM d’une hernie discale en position médiane ou postéro-latérale, sous ligamentaire, non migrée ou exclue dans le canal rachidien.

Correspondance entre le trajet douloureux décrit par le patient et la racine nerveuse comprimée par la hernie discale.

·        Critères d’exclusion :

Patients présentant un syndrome de queue de cheval ou un déficit du membre inférieur (parésie du releveur propre du premier orteil coté 4/5 tolérée) .

Patients dont l’imagerie et la symptomatologie laissaient croire à une autre étiologie qu’à une hernie discale lombaire.

Patients opérés antérieurement du rachis lombaire ou mis en invalidité pour une pathologie rachidienne.

Patients alcooliques ou porteurs d’une maladie endocrinienne ou métabolique avec polyneuropathie.

 

Traitement

Après information des patients sur le principe, le déroulement et les risques de l’intervention, il fut procédé à une évaluation initiale (tableau 1).

Tous les patients furent traités par le même opérateur selon la technique suivante :

patient positionné en décubitus latéral, couché sur le coté opposé à la douleur, anesthésie locale des plans cutanés , musculaires et articulaires postérieurs avec de la lidocaïne 1%, après abord du disque par voie postéro-latérale à l’aide d’une aiguille 16 G sous contrôle radioscopique, une discographie était réalisée (Iopamiron 300® : 2cc), une fibre laser (600 µm) était ensuite introduite dans le disque à travers la même aiguille, l’appareil (Laser Dornier-D diode 940nm de longueur d’onde) était mis en marche délivrant avec une puissance de 15 watts des tirs de 1 secondes toutes les 4 secondes pour une dose totale de 1600 joules dans le disque L4L5 et 1200 joules pour L5S1. La fibre était placée en position centrale puis postéro-latérale. Les patients restaient ensuite 2 heures en salle de réveil puis étaient levés et repartaient l’après-midi de l’intervention.

 

Evaluation et suivi :

Les malades furent évalués avant l’intervention puis à 1 mois, 3 mois et 6 mois. A chaque visite le malade était évalué par le même médecin qui était différent de l’opérateur ou des recruteurs. Les outils d’évaluations étaient :

·        Une échelle visuelle analogique (EVA) de la douleur lombaire (graduée de 0 à 100 mm) et de la douleur radiculaire (graduée de 0 à 100 mm) (9).

·        L’échelle fonctionnelle d’Oswestry pour la lombalgie (10).

·        Le questionnaire de qualité de vie SF-36 (11).

Pour que le résultat de l’intervention soit jugé comme un succès, il fallait que le patient ne ressente plus de douleur radiculaire ou une douleur inférieure strictement à 20 mm sur l’EVA au 6ème mois.

Pour que le résultat de l’intervention soit jugé comme un échec, il fallait que le patient ressente la même douleur radiculaire, une augmentation ou une baisse de douleur mais moins de 20 mm par rapport à sa douleur de départ jugée par l’EVA et cela au 3ème mois post-opératoire.

Analyse statistique :

Le calcul des moyennes et des écart-types fut établi à l’aide de la fonction « moyenne » et « écart-type »du tableur Excel Microsoft®.

RESULTATS

Population étudiée et réponse au traitement :

Du mois de mai 1999 au mois d’avril 2000, 30 malades ont été admis dans l’étude. Tous satisfaisaient aux critères d’inclusion de l’étude. Nous avons suivi tous les patients durant 6 mois, nous continuons actuellement le suivi de ces patients de façon prospective sur une période de 12 mois.

Les caractéristiques de base de notre population sont présentées dans le tableau 1.Les mesures d’évaluation clinique et fonctionnelle avec les changements par rapport aux valeurs initiales sont rapportées à 6 mois dans le tableau 2.

23 patients (76%) sur 30 étaient soulagés de leur douleur radiculaire 6 mois après l’intervention (EVA= 4.6mm à 6 mois vs 61.8 mm avant l’intervention) (cf graphique) . La douleur lombaire était aussi diminuée à 6 mois chez ces patients (EVA =12.4 mm à 6 mois vs 41.5 mm avant l’intervention)

La capacité fonctionnelle augmente progressivement sur 6 mois (46 % d’incapacité avant l’intervention vs 14 % 6 mois après l’intervention).

La qualité de vie augmente (SF-36 global à 79 sur 150 avant l’intervention vs 113 sur 150, six mois après l’intervention).

Le signe de Lasègue se normalise (54° avant l’intervention vs 80° six mois après la nucléolyse laser).

Le rachis lombaire reste assez raide en flexion 6 mois après (DDS = 31cm avant vs 20 cm six mois après l’intervention).

La consommation médicamenteuse en rapport avec la souffrance lombo-radiculaire a été notée chez tous les patients avant l’intervention et 6 mois après. 

Avant l’intervention :19 (53.3%) patients sur 30 prenaient en continu des AINS, 11(36.6%) des antalgiques de niveau II, 11 (36.6%) des antalgiques de niveau I,  8 (26.6%) ne prenaient aucun antalgique et 11(36.6%) aucun AINS.

6 mois après l’intervention : 1 (3.3%) patient prenait des AINS et 3 (10%) patients prenaient des antalgiques.

7 patients (23.3%) sur 30 n’ont pas été soulagés 3 mois après l’intervention (cf critères d’échec). Les caractéristiques de base de ces patients sont notées dans le tableau 3.

Tous ont été opérés et soulagés de la douleur radiculaire après l’intervention microchirurgicale (herniectomie plus discectomie). Pour 3 de ces patients la hernie discale était bien sous ligamentaire non migrée mais il existait une importante composante osseuse d’origine articulaire postérieure à la compression radiculaire. Dans 2 cas il  a eu un problème technique puisque l’effet laser n’a pas eu lieu, le chirurgien a trouvé un disque macroscopiquement intact chez ces deux patients qui avaient été « nucléolysés » le même jour. Pour une patiente, il existait une double sténose à l’origine de la souffrance radiculaire : intracanalaire L4L5 et foraminale L5S1. Après échec de la nucléolyse laser L4L5, elle a été soulagée par une foraminotomie chirurgicale L5S1.

Complications :

Nous n’avons eu à déplorer aucun incident durant les 30 procédures de l’étude.

4 patients (13.3%) ont présenté dans la semaine suivant la procédure des douleurs lombaires associées à un blocage de type lumbago. Ils ont été traités par le port d’un corset en résine associé à la prise d’AINS et d’antalgiques. Les douleurs ont régressé en 3 à 4 semaines. 6 mois après l’intervention, 3 patients n’avaient plus de douleur radiculaire et la moyenne de la douleur lombaire, de l’incapacité fonctionnelle et la qualité de vie n’était pas différente des autres patients soulagés.

DISCUSSION

Bien que l’effectif de notre population de patients soit réduit, et le recul faible, nous montrons que 76.6% des 30 patients répondant à nos critères de sélection sont soulagés 6 mois après une intervention par nucléolyse laser percutanée.

CHOY et coll.(12), SIEBERT (6), LIEBLER (7), NERUBAY et coll. (13) rapportent des résultats semblables avec des critères de sélection identiques. Leurs résultats se maintiennent après un an (6, 7) et jusqu’à 5 ans de suivi post opératoire (11,12). Les critères d’évaluation étaient différents des nôtres (critères de MAC NAB (14) ). Nous avons utilisé l’échelle visuelle analogique  de la douleur (9) couplée à des paramètres cliniques objectifs (distance doigts-sol, angle du signe de Lasègue), accompagnés d’un questionnaire d’incapacité fonctionnelle liée à la lombalgie (Oswestry (10)) et un questionnaire de qualité de vie (SF-36 (11)). Tous ces instruments se sont révélés fiables et sensibles dans l’évaluation des malades présentant une lombalgie et sont régulièrement utilisés dans l’évaluation des traitements des lomboradiculalgies.

Comparée aux autres techniques percutanées, l’utilisation du laser possède certains avantages : une voie d’abord minimale (aiguille 16 G) semblable à celle utilisée pour les nucléolyse chimique à la papaïne mais sans le risque allergique. La lésion discale crée par le laser est aussi probablement moins étendue que celle occasionnée par l’enzyme. La partie interne de l’annulus reste intacte : seul 0.7 à1 mm de matériel discal est vaporisé et c’est suffisant pour créer une décompresion discale réduisant la force avec laquelle la hernie appuie sur la racine nerveuse (15).

Certains inconvénients sont cependant à prendre en compte. CVITANIC et coll. (16) rapportent lors d’une étude IRM systématique post opératoire, des modifications du signal des plaques sous chondrales vertébrales chez 41 (37%) sur 109 patients opérés. La présence de ces anomalies visibles en IRM et classées par MODIC et coll. (17) n’était pas corrélée avec la présence de lombalgie résiduelle.  5 à 7 ans plus tard les IRM de contrôle réalisées chez 11 des 41 patients ne révélaient plus d’anomalie de signal des plateaux vertébraux. Ces lésions des plateaux sont favorisées par la direction de l’extrémité de la sonde laser (18, 19). Lors du positionnement de l’aiguille dans le disque, puis de la sonde il est très important de vérifier l’absence de contact de la fibre avec le plateau vertébral. Ceci est particulièrement vrai pour l’espace L5S1 au niveau duquel, la présence de la crête iliaque oblige à incliner l’aiguille de 20 à 45° vers le bas lors de sa pénétration dans le disque.

CONCLUSION

La nucléolyse laser dans le traitement de la lombosciatique par hernie discale est efficace et peu invasive. Une sélection rigoureuse des patients candidats à ce traitement permet d’obtenir un soulagement dans ¾ des cas.

TABLEAU 1

Description de la population de départ

 

Sexe (H/F)

13/17

Age

40.3 (13.9)

Indice de Masse Corporelle (kg/m²)

24 (3.2)

Etage opéré

L4L5 = 15  /  L5S1 = 15

Durée d’évolution (mois)

8.6 (6.3)

TABLEAU 2

 

Caractéristiques cliniques des patients avant l’intervention et 6 mois après

 

 

Avant l’intervention n=30

6 mois après

n=23

Douleur radiculaire (EVA en mm)

62 (17.7)

4.6 (9.4)

Douleur lombaire (EVA en mm)

42 (25.7)

12 (14.8)

Distance doigts-sol (cm)

31 (21.5)

20 (13.2)

Angle du signe de Lasègue (degrés)

54 (20.2)

80 (15.4)

Taux d’incapacité fonctionnelle (Oswestry)

46 (19.8)

14 (12.7)

Echelle de qualité de vie (SF-36 sur 150)

79 (18.4)

113 (16.4)

TABLEAU 3

 

Caractéristiques des patients en échec au 3ième mois

 

Sexe (H/F)

3/4

Age

41.4 (16.1)

Indice de Masse Corporelle (Kg/m²)

26.1 (3.3)

Etage opéré

L4L5 = 4  /  L5S1 = 3

Durée d’évolution (mois)

11 (4.2)

Douleur radiculaire (EVA en mm)

68 (10.6)

Douleur lombaire (EVA en mm)

50 (30.2)

 

 

source

http://www.gieda.net/annales/2000/16.htm

 

Par Posturoptimiste - Publié dans : malaudos
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Mercredi 31 mai 2006 3 31 /05 /Mai /2006 04:29

Formes particulières de hernie discale

 

 

Indications d’une arthrodèse d’emblée

Philippe Lapresle Clinique Arago, Paris.

 

 

Introduction

Les indications d’une arthrodèse d’emblée dans la hernie discale lombaire nous semblent de prime abord exceptionnelles, le curage discal simple paraissant suffisant pour l’écrasante majorité des situations pathologiques requérant une intervention.

Pourtant cette attitude souffre de multiples exceptions tenant aux variantes symptomatiques, anatomiques et évolutives des hernies discales.

 

En reprenant la littérature, les indications les plus divergentes se révèlent toutefois de nature culturelle et géographique. Nous les évoquerons d’abord.

 

Indications des arthrodèses d’ emblées

Alourdir le si simple curage discal lombaire dans la forme commune de hernie discale lombaire  pour lui associer quasi systématiquement une arthrodèse nous heurte et cette attitude est certainement très minoritaire en France. Pourtant la même procédure est fort peu contestée à l’étage cervical…

Aux Etats-Unis et au Japon, il n’en va pas de même et ce, depuis longtemps. Lane et Moore (9) sur 36 patients en 1948, Suzuki (19) sur 30 en 1958, Harmon (4)  en 1963 sur 244 cas, Sacks (17) en 1965 sur 150 opérés et plus récemment Inoué et coll. (6), (7) sur 350 cas ont défendu l’arthrodèse initiale pour traiter la pathologie herniaire discale lombaire. Ces auteurs sont tous restés fidèles à un abord antérieur trans-peritonéal avec greffe inter-somatique.

Leurs résultats cliniques proclament de 80% à 90% de patients asymptomatiques ou très améliorés. Ils attribuent généralement ces succès à la disparition régulière des lombalgies associées grâce à la restauration de la hauteur discale et à la restitution de la lordose lombaire physiologique.

Des comparaisons myélographiques pré et post opératoires montrent d’étonnantes disparitions des aspects de compressions radiculaires. Plusieurs observations doivent cependant faire adopter une certaine réserve. S’agit-il surtout des mêmes patients ? Dans la série d’Inoué, si 100% des patients étaient lombalgiques, seuls 85% étaient sciatalgiques et encore moins avaient un signe de Lasègue positif (66%. De même, si 308 patients sur 350 avaient subi une discographie, seuls 27 avaient été explorés par myélographie…Avec les mêmes indications, Stauffer et Coventry (18) en 1972 n’ont rapporté, sur 77 patients, que 36% de bons résultats cliniques et 44% de pseudarthroses. Les complications de cette chirurgie ne sont pas non plus négligeables même si elles diminuent avec l’expérience de l’opérateur : citons  surtout l’éjaculation rétrograde (jusqu’à 6% des cas) et les phlébites et ileus (2 à 10 %. Peut-être est-il prudent de suivre Stauffer et Coventry qui proposent de restreindre les indications aux rares cas où la chirurgie postérieure serait contre-indiquée.

 

L’indication chirurgicale dans les hernies à formes lombalgiques n’a pas bonne réputation, qu’il s’agisse de simple curage ou de curage associé à une arthrodèse.

Comme MacNab (11), la plupart des auteurs, médecins ou chirurgiens, conseillent ici la poursuite du traitement médical, la guérison chirurgicale étant très  aléatoire, voire source d’aggravation.

Les exceptions sont rares mais possibles : dans la revue personnelle de nos cas, à l’occasion de cette communication, sur les dix dernières années, nous n’avons retrouvé que 2 cas sur 260 hernies opérées d’arthrodèse immédiatement associée au curage. Il s’agissait de discopathies dégénératives isolées, monoétagées, en L4-L5, où une lombalgie invalidante coexistait avec une sciatalgie chronique. Deburge et Benoist (2) ont publié en 1984 la revue des échecs (21%), opérés (31 cas) de 235 nucleolyses. Seuls 4 patients, là encore souffrant de lombalgies importantes ont bénéficié d’une arthrodèse (postéro-latérale ) dans le même temps que l’excision discale.

La hernie discale, quand c’est nécessaire et selon les conférences de consensus, pose le plus souvent une indication opératoire d’exécution relativement rapide. L’arthrodèse pour lombalgie au contraire mérite une décision longuement mûrie. Il n’est donc pas étonnant que leur champ commun d’application soit très réduit.

 

Les indications d’arthrodèse d’emblée qui recueillent le moins de critiques correspondent plutôt à certaines formes anatomiques de hernie discale : hernies foraminales, hernies sur spondylisthesis, sur scolioses et sous arthrodèses anciennes.

Les hernies foraminales sont bien connues seulement depuis 25 ans (Patrick)(13), rares (4% selon Vital et Sénégas)(20) mais plus faciles qu’autrefois à diagnostiquer en raison des progrès de l’imagerie.

La technique d’éxérèse classique suppose le plus souvent l’arthrectomie qui, combinée au curage discal, fait craindre une déstabilisation secondaire. Néanmoins l’arthrodèse n’a été réalisée que 3 fois, toujours en L5-S1, dans la série de 40 hernies foraminales rapportée par les précédents auteurs. Beaucoup plus nombreuses ont été les arthrectomies totales sans arthrodèse (10), les voies externes para-spinales (5), les voies inter-lamaires (5) et les voies combinant les deux précédentes.

Dans leurs conclusions ces auteurs prônent une technique aussi conservatrice que possible : percutanée pour une hernie non exclue, voie externe para-spinale pour les hernies extra-foraminales et voie combinée lamaire et extra-spinale pour les hernies intra foraminales. Ils réservent les arthrodèses aux rares hernies foraminales L5-S1 où l’abord para-spinal est rendu difficile par la proximité des crêtes iliaques.

 

Ces indications sont largement partagées par Kunogi et coll.(8) qui, sur 8 hernies foraminales ou extra foraminales opérées n’ont eu besoin que de réaliser 2 arthrodèses mais qu’ils recommandent chaque fois qu’une arthrectomie totale s’avère nécessaire. 2 fois cependant a été réalisée une « hemi-laminectomie avec arthroplastie » dont on peut se demander si elle n’aboutira pas de facto à une arthrodèse suspendue…

Les hernies discales sur spondylolisthesis sont curieusement assez rares. Sous une vertèbre affectée par une lyse isthmique, elles sont même exceptionnelles ; sous un antelisthesis dégénératif, elles sont un peu plus fréquentes mais la hernie n’est alors souvent que l’élément décompensateur aigu d’une sténose chronique.

Poussa et Tallroth (16) ont présenté en 1993 3 cas de hernie discale sur SPL par lyse isthmique. Toutes concernaient L5-S1. Un seul patient subit une libération avec arthrodèse postéro-latérale mais fut soulagé de tout symptôme, radiculaire et lombaire. Un autre bénéficia d’une simple libération et resta lombalgique. Le dernier fut traité médicalement. Les auteurs insistent sur la difficulté d’interpréter l’imagerie, notamment le scanner, en raison de la glissade de la vertèbre supérieure tandis que le disque reste solidaire de la vertèbre inférieure. Le scanner est ainsi à l’origine de nombreux « faux positifs »  de hernie.

De nombreux travaux ont été consacrés aux risques de déplacement secondaire, initié ou aggravé dans la chirurgie de la sténose lombaire. Il semble majeur quand existe déjà en pré-opératoire un spondylolisthesis dégératif à condition que le disque, siège du glissement, ait gardé une certaine épaisseur.

 La survenue d’une hernie dans ce contexte est rare mais possible. Elle correspond alors à un tableau clinique bien particulier par le début brutal des symptômes et le caractère fortement latéralisé de la sciatique ou de la cruralgie d’eefort habituellement bilatérale. Peu courant dans la sténose, un signe de Lasègue positif en fin de course est possible. L’arthrodèse complétant la libération des canaux lombaires étroits avec SPL dégératif est généralement recommandée ( Herkowitz (5). L’association d’une hernie imposant un curage discal ne fait que rendre plus impérative cette recommandation.

 

Scoliose et hernie discale ont été peu étudiées conjointement.

La plupart des publications comme celles de Matsui et coll (12) et Lorio et coll. (10) ont porté sur les attitudes scoliotiques entraînées par différentes formes de hernies discales. Plusieurs hypothèses ont été formulées relativement à la situation de la hernie (convexité ou concavité ; localisation pré, latéro ou extra-radiculaire ) et la morphologie de la déformation.

La conclusion généralement admise est que cette dernière n’est aucunement un facteur prédictif fiable de la migration de la hernie. A notre connaissance aucun auteur n’a considéré une telle déviation scoliotique dans ce contexte comme une indication d’arthrodèse.

Il est difficile de savoir si les scolioses idiopathiques ou dégénératives exposent plus ou moins à la survenue d’une hernie discale.

Les grandes séries ( toutes assez récentes car la scoliose lombaire de l’adulte n’est véritablement étudiée que depuis 20 ans ) n’en font pas mention Ainsi celles de Guillaumat (3), Bradford (1) et Postachini (15). Théoriquement, 2 localisations semblent les plus exposées à la survenue d’une hernie : le niveau de la dislocation (souvent L3-L4) entre la courbure principale et la contre courbure sous jacente et la concavité de la contre courbure lombo-sacrée. Personnellement nous n’avons rencontré qu’une fois cette dernière situation et compte tenu de l’âge (79 ans) une décompression radiculaire simple a été préférée.

Dans quels cas de hernie sur scoliose faudrait-il donc arthrodéser? Il paraît bien difficile de le proposer en face d’une scoliose idiopathique stable ou peu évolutive de l’adulte pour plusieurs raisons : incertitudes quant à l’histoire naturelle d’un disque situé au pied d’une scoliose et cureté ; disproportion entre lourdeur du geste réclamant une grande arthrodèse et symptomatologie douloureuse exclusivement mono ou pauci-radiculaire.

Dans le cas d’une scoliose dégénérative lombaire du sujet âgé où une arthrodèse courte et suspendue peut être plus légitimement indiquée, sans objectif de réduction, cette indication peut se trouver justifiée notamment si l’instabilité locale pré ou post-décompression le suggère.

Sous les arthrodèses anciennes, réalisées par exemple pour scolioses ou fractures dorso-lombaires, les évolutions dégénératives se font plus volontiers vers la sténose que vers la hernie discale. Néanmoins nous avons rencontré un cas semblable à l’issue du curage duquel nous avons réalisé une prolongation d’arthrodèse.

Nous ne terminerons pas cette étude sans citer une forme rare de hernie discale dont 1 cas a été publié en 1996 par Perves et Morvan (14): il s’agissait d’une hernie L5-S1, migrée en avant de l’aile du sacrum et comprimant le tronc lombo-sacré droit. Elle fut réséquée par voie transpéritonéale après dissection des vaisseaux iliaques externes et internes et complétée par une arthrodèse inter-somatique.

Conclusion

 

L’arthrodèse d’emblée dans la pathologie herniaire lombaire relève de la rareté ou de « l’exception culturelle ».

L’indication la plus justifiée et fréquente nous paraît être la hernie foraminale quand elle impose pour son excision l’arthrectomie complète. Techniquement rapide et simple (montage asymétrique pédiculaire du côté décomprimé et vis trans-articulaire de l’autre selon Roy-Camille ) elle ne s’adresse toutefois qu’à une infime minorité de hernies.

Source de l'article

http://www.gieda.net/annales/2000/4.htm

        Bibliographie

 

1.     Bradford D. Adult scoliosis : Surgical indications, operative management and outcome. Spine,1999 ;24 :2617-2629.

2.     Deburge, M. Benoist et J. Rocolle. La chirurgie dans les échecs de la nucléolyse des hernies discales lombaires. R.C.O. n° 70, 637-641, 1984.

3.     Guillaumat M. La scoliose lombaire de l’adulte : traitement chirurgical avec l’instrumentation Cotrel-Dubousset. Rachis, 1990. Vol 2, n°6 ; 463-484.

4.     Harmon, P. H.: Anterior excision and vertebral body fusion operation for intervertebral disk syndromes of the lower lumbar spine; Three to five-year results in 244 cases. Clin. Orthop. 26: 107, 1963.

5.     Herkowitz H.et col. Degenerative lumbar spondylolisthesis with spinal stenosis. J bone joint surg (AM),1991 ;73 : 802-808.

6.     Inoue, S. : Over ten years follow up study of anterior 1umbar body fusion. J. Jpn. Orthop. Assoc. 43 :749,1969.

7.     Inoue, S. et coll. Anterior Discectomy and Interbody Fusion for Lumbar Disc Herniation. A Review of 350 Cases. Clin Orthop.1984.

8.     Kunogi & Hasue. Foraminal nerve root compression ..spine . Volume 16 . Number 11 . 1991.

9.     Lane, J. D., and Moore, E. S.: Transperitoneal approach to the intervertebral disc in the 1umbar area. Ann.Surg. 127 :537, 1948.

10. Lorio MP, Bernstein AJ, Simmons EH. Sciatic spinal deformity-Lumbosacral list : An « unusual » presentation with review of the literature. J Spinal Disord 1995 ;8 :201-5.

11. Mac Nab I . Chemonucleolysis.  Clin. Neuro surg.. 1973, 20, 183-192.

12. Matsui H & coll. Significance of sciatic scoliotic list in operated patients with lumbar discherniation.Spine, Volume 23, number 3, pp 338-342, 1998.

13. Patrick B : Extreme lateral ruptures of 1umbar interver-tebral discs. Surg Neurol, 1975, 3, 301-304.

14. Perves A. Morvan G. Hernie discale L5-S1 migrée en avant de l’aile du sacrum et comprimant le tronc 1ombo-sacral droit. R.C.O. 1996.82.557-560.

15. Postacchini F, Montanaro A : Extreme lateral herniations of 1umbar disks. Clin Orthop. 1979, 138, 222-227.

16. Poussa M & Tallroth K .Disc herniation in 1umbar spondylolisthesis. Report of 3 symptomatic cases. Acta Orthop Scand 1993 ; 64 (1) : 13-16.

17. Sacks, S. : Anterior interbody fusion of the 1umbar spine J. Bone Joint Surg.47B :211, 1965.

18. Stauffer, R N., and Coventry, M. B. : Anterior interbody 1umbar spine fusion. J. Bone Joint Surg. I54 A : 756, 1972.

19. Suzuki, J. : Anterior Bony fusion for 1umbar disc herniation. J. Jpn. Orthop. Assoc. 32/ 948, 1958.

20. Vital, j.m.. Sénégas j. et coll. Hernies foraminales lombaires. Revue de Chirurgie Orthopédique.1991, 77. 336-343.

Par Posturoptimiste - Publié dans : malaudos
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Jeudi 4 mai 2006 4 04 /05 /Mai /2006 15:58

 Conférences d'enseignement de la Sofcot
1994 ; 46 93-104.

 

Échecs et reprises de la chirurgie de la hernie discale lombaire

 

B. LASSALE (1)

(1)Service de Chirurgie orthopédique Hôpital Beaujon 100 boulevard du Général-Leclerc 92110 CLICHY.

Quand elle est réalisée pour une lombosciatique franche et rebelle la chirurgie de la hernie discale lombaire a souvent des résultats excellents. Pourtant un échec par radiculalgie ou par lombalgie est toujours possible même après une opération correctement effectuée ; cette notion a fortement contribué au développement des méthodes extracanalaires et percutanées de traitement.

 La décision de réintervention difficile à prendre doit être précédée d'une démarche diagnostique large : en effet le premier risque serait de conforter un diagnostic initial erroné en s'enfermant dans la simple alternative : récidive de hernie discale ou fibrose péridurale ?

 

DONNEES DU PROBLEME

Les résultats des séries chirurgicales publiées ne permettent pas d'évaluer avec précision la fréquence générale de ces échecs leur taux variant suivant les auteurs de 1 à 20 p. cent ; ceci est lié pour une part à la qualité des indications et de la technique chirurgicale mais surtout à l'absence persistante de consensus sur la définition même des échecs.

Déjà en 1985 Howe [8] avait mis l'accent sur ce problème : il avait fait évaluer par des médecins indépendants au moyen de 14 cotations différentes de la littérature les résultats pour 207 opérés : suivant la cotation utilisée le taux de résultats non satisfaisants de cette série variait de 3 p. cent à 40 p. cent .

Sous un autre angle Wilkinson [18] montre que les patients souffrant à la suite d'échec de la chirurgie rachidienne lombaire (Failed back syndrome) représenteraient deux tiers des consultants des centres antidouleur aux Etats-Unis où la hemie discale lombaire est l'indication chirurgicale prépondérante.

Discuter d'une éventuelle intervention c'est mettre en balance le bénéfice escompté et les risques de la chirurgie notamment en terme d'aggravation. Ces réinterventions quand elles sont pratiquées au même niveau opératoire s'avèrent plus délicates à réaliser que l'intervention initiale ; elles ont à juste titre été très critiquées par le passé et en 1979 Waddell [17] notait qu'après deux interventions 25 p. cent des malades présentaient une aggravation de leurs symptômes ce taux s'élevant à 45 p. cent après 4 interventions.

Deux séries consécutives de patients réopérés au même niveau dans notre service ont été publiées : l'une de 72 réinterventions en 1987 [2] et l'autre de 39 en 1991 [4]. Dans aucune des deux nous n'avons noté d'aggravation et à cet égard la technique chirurgicale sur laquelle nous reviendrons paraît importante.

Le bénéfice que l'on escompte de cette réintervention n'est pas forcément considérable mais une amélioration transforme tellement la vie de ces patients que si aujourd'hui une indication claire se dégage de l'enquête diagnostique cette réintervention mérite d'être tentée. En effet ce bénéfice progresse avec les techniques d'imagerie moderne qui rendent plus précis les diagnostics de compression nerveuse : nous n'avions obtenu en 1987 un résultat satisfaisant qu'une fois sur deux ce taux concordant avec les résultats de la littérature en 1991 ce taux est monté à 73 p. cent et il est permis d'espérer qu'il progressera encore avec l'imagerie actuelle.

Les difficultés de ces réinterventions influencent l'indication initiale de traitement chirurgical d'une hernie discale lombaire : Saal [14] a montré en 1989 dans une étude multicentrique que sans chirurgie 90 p. cent des patients sont soulagés de leurs douleurs et reprennent leur travail. La validation de la chymopapaine dans le traitement de ces hernies a conduit à des études que par éthique les séries chirurgicales ne permettent pas : elles ont en effet pu être randomisées et réalisées contre placebo ; 5 études de ce type ont été publiées et le fait le plus marquant n'est pas que l'efficacité de la chymopapaïne soit prouvée c'est que le placebo sous forme d'injection de sérum dans le disque obtienne près de 50 p. cent de guérisons chez des patients bien sélectionnés comme candidats à la chirurgie.

Depuis peu de temps il a été montré au scanner et à la RMN que la résorption spontanée et complète de hernies discales même volumineuses et exclues est une éventualité tout à fait possible : la graisse péridurale un peu à la façon d'une synoviale effectue cette résorption par le biais d'une inflammation salutaire.

Le développement de techniques chirurgicales réputées peu agressives par abord limité ne doit pas occulter ces notions qui reviennent à l'esprit devant certains opérés devenus douloureux chroniques. En effet l'approche thérapeutique de ces patients est souvent difficile : déçus et parfois perturbés psychologiquement ils sont volontiers déroutés par des avis contradictoires que favorisent leurs consultations diverses. C'est pourtant à une véritable enquête qu'il faut les soumettre pour déceler parmi les nombreux diagnostics possibles l'élventuelle indication chirurgicale susceptible de les soulager ou pour les orienter vers le suivi médical le mieux adapté. Une évaluation faite à la consultation de notre service a montré que cette enquête conclut à une indication initiale totalement ou partiellement erronée environ une fois sur deux ; une réintervention chirurgicale n'a été pratiquée que pour moins d'un malade sur six.

DIAGNOSTICS DES CAUSES D'ECHEC

Enquête diagnostique

Il est important d'obtenir tous les documents d'imagerie réalisés avant et depuis l'intervention chirurgicale et le compte rendu opératoire. Ces éléments sont nécessaires pour reprendre tout le cheminement qui a conduit à opérer et pour comprendre les différents temps de l'acte chirurgical effectué.

Histoire douloureuse

Beaucoup de patients amalgament les douleurs préopératoires les douleurs postopératoires et les douleurs actuelles qu'il importe de bien faire distinguer.

Une douleur préopératoire mal systématisée atypique ou tronquée peut faire douter de la responsabilité initiale de la hernie opérée et conduire à redresser le diagnostic.

Les caractéristiques de la douleur actuelle doivent être bien précisées : il ne faudrait pas poser une indication de réintervention sur des notions d'engourdissements même désagréables de sensations de chaud ou de froid : même après une chirurgie tout à fait efficace sur la radiculalgie de tels troubles peuvent être très lents à régresser ; souvent plus gênants par l'inquiétude qu'ils suscitent que par leur retentissement rélel ils ne seraient en fait que peu ou pas modifiés par une réintervention.

La part respective de la lombalgie et de la radiculalgie dans la plainte douloureuse actuelle est aussi à évaluer : une lombalgie exclusive ou prédominante ayant de bonnes chances de s'améliorer avec le iemps et les traitements physiques. Le profil évolutif des douleurs oriente beaucoup le diagnostic : douleur préopératoire inchangée ou douleur dans un nouveau territoire radiculaire homolatéral ou controlatéral ou douleur récidivante après un intervalle libre. Cette notion d'intervalles libre est capital(- mais un soulagement de quelques semaines a peu de valeur diagnostique ; en effet il peut s'observer même après une erreur diagnostique ou après une erreur de niveau opératoire et il est sans doute favorisé par le repos forcé et la prescription large d'antalgiques dans la période opératoire. Par contre un soulagement de plusieurs mois ou de plusieurs années oriente bien vers la survenue d'une nou)/elle compression qu'elle soit ou non au même niveau rachidien.

Examen clinique

Il diffère peu de l'examen d'un patient nc)n opéré : l'abolition d'un réflexe ostéotendineux perd toute valeur diagnostique si elle correspond à une racine libérée cette observation étant banale mêmt- dans les bons résultats. La coïncidence d'une zone d'hypoesthésie avec le territoire d'une causalgie est le témoin d'une lésion axonale séquellaire responsable de douleurs par déafférentation médullaire qu'une réintervention ne peut améliorer. L'accentuation par la flexion de la nuque.d'une lombalgie diffuse de la zone opératoire est évocatrice d'adhérences méningées : favorisée par l'augmentation de pression du liquide céphalorachidien elle est aussi accentuée par la toux et lors du passage à la station debout. L'examen du rachis lombaire doit bien apprécier raideur contractures localisées ou non amyotrophie déséquilibre ou hyperlordose.

Tous les examens complémentaires réalisés avant l'intervention seront revus en notant non seulement la cohérence avec le compte rendu opératoire mais aussi les zones du rachis non explorées par ces examens : en effet beaucoup de scanners pour lombosciatique n'explorent que le secteur L4S1 et peuvent ainsi méconnaître une compression lombaire haute. Certains examens radiologiques n'intéressent que les zones des disques et l'hypothèse d'un fragment exclu migré et laissé en place devient alors plausible. Le scanner méconnaît les compressions intradurales et l'absence de radiculographie ou de RMN dans le dossier doit éveiller l'attention. Une anomalie transitionnelle avec désignation différente du même niveau discal suivant les examens augmente les difficultés de repérage peropératoire même radiographique et incite à rechercher une erreur de niveau.

Cette enquête permet aussi d'apprécier le contexte psychologique et le terrain : un sportif ou un travailleur de force peut avoir une demande en fait incompatible avec l'état de son rachis lombaire et une réorientation sportive ou un reclassement professionnel sont alors préférables à une réintervention.

Il est fréquent et logique que les douleurs persistantes évoluent dans un contexte d'anxiété et de dépression : la douleur est par définition un mécanisme nociceptif et donc anxiogène ; si elle se prolonge on comprend bien qu'elle puisse induire une dépression réactionnelle.

Mais il existe aussi des facteurs iatrogènes qui peuvent avoir favorisé cette anxiété et cette dépression : avant l'intervention un traitement médical inefficace trop longtemps poursuivi ou un usage trop parcimonieux des antalgiques majeurs peut induire une véritable peur du retour aux douleurs initiales ; l'anxiété parfois renforcée par des difficultés familiales sociales ou professionnelles peut abaisser le seuil douloureux et rendre inacceptable par l'opéré ce qui n'est en fait qu'un inconfort ou un changement de mode de vie : dans ce contexte il est important de rassurer sur le caractère non dangereux et non évolutif des troubles.

Ces situations psychologiques peuvent être très difficiles à évaluer a fortiori si elles s'intègrent dans un contexte médico-légal ou d'indemnisation : une prise en charge psychologique spécialisée peut s'avérer nécessaire ; elle gagne à être expliquée et organisée dès les premières consultations pour être mieux acceptée.

Situations cliniques et orientations diagnostiques

Les causes d'échecs sont très variées mais plusieurs situations cliniques peuvent être distinguées pour orienter la démarche étiologique et la demande d'examens complémentaires.

Douleur inchangée par l'opération

Avant de se focaliser par l'imagerie sur le niveau opéré le diagnostic doit être contrôlé par plusieurs questions successives.

- Existe-t-il vraiment une douleur vive ?

La véritable hystérie est très rare mais certains comportements sinistrosiques ou revendicatifs dans un contexte d'indemnisation insuffisante ont pu faciliter la première indication opératoire et une réintervention ne pourrait qu'aggraver la situation. De même une douleur peut favoriser l'attention de l'entourage éviter un travail pénible ou permettre de garder auprès de soi un conjoint : cette véritable « douleur-bénéfice » est parfois difficile à déceler même après un entretien prolongé.

- S'agit-il d'une radiculalgie ?

Une imagerie préopératoire peu probante ou un compte rendu opératoire faisant état de compression modeste ou de simple bourrelet discal renforce cette question : l'origine vasculaire ou articulaire des douleurs résiduelles doit alors être évoquée. Des antécédents vasculaires une abolition des pouls des crampes une claudication intermittente peuvent orienter vers des douleurs d'ischémie ; le doppler artériel des membres inférieurs au repos et à l'effort est sans doute le meilleur examen avant un avis spécialisé ; mais régulièrement des publications font état d'anévrisme ou autres pathologies vasculaires ayant pris le masque d'une radiculalgie et découvert sur une angiographie ou un scanner avec injection iodée.

La mobilisation passive des grosses articulations dans les différentes positions de flexion et d'extension peut faire la part entre cruralgie et douleur de coxopathie entre sciatique tronquée et douleur de sacro-iliaque ou entre gonopathie et sciatique au mollet. Il n'est pas rare en fait que douleur radiculaire et douleur articulaire coexistent et avant de discuter une éventuelle réintervention lombaire il est important d'évaluer la responsabilité respective des deux pathologies.

L'infiltration d'anesthésiques locaux à effet prolongé dans l'articulation suspecte a une bonne valeur diagnostique alors que l'infiltration périradiculaire d'anesthésiques peut être trompeuse : en effet cette dernière peut atténuer non seulement la radiculalgie mais aussi la douleur d'origine articulaire par effet d'anesthésie métamérique.

Une névralgie tronculaire méconnue sera plus facilement évoquée (fig. 1) si l'histoire douloureuse n'a pas comporté de lumbago initial si les lombalgies préopératoires étaient absentes ou banales ou si depuis l'intervention la névralgie reste localisée à une partie du membre inférieur. La palpation de ce membre peut exacerber les douleurs parfois irradiées d'un névrome de Morton d'une tumeur musculaire ou d'un neurinome mais parfois seule l'imagerie mettra en évidence une tumeur du sacrum ou du bassin un hématome ou une tumeur du psoas tous diagnostics qu'il nous est arrivé d'observer devant un tableau de pseudo-radiculalgie.

 -Quelle était la responsabilité initiale de la hernie discale dans la radiculalgie ?

La persistance ou la récidive rapide de la même radiculalgie après chirurgie doit faire revoir l'imagerie préopératoire pour apprécier l'image de hernie discale et pour rechercher d'autres causes de compression nerveuse éventuellement associées et non prises en compte dans l'indication opératoire. La sténose arthrosique associée est l'éventualité la plus fréquente : sténose sus-jacente ou au niveau opéré (fig. 2) sténose foraminale sous-jacente (par exemple L5-S1 pour une sciatique L5 persistante après excision discale L4-L5). Mais c'est en général l'imagerie postopératoire qui fera le diagnostic des autres causes de radiculalgie persistante : compression méconnue libération nerveuse insuffisante complications postopératoires précoces ou récidive de compression.

Récidive après intervalle libre d'une même radiculalgie

Cette éventualité évoque au premier chef la récidive discale au même niveau mais elle peut être aussi le fait d'une sténose latérale soit pré-existante et non libérée (fig. 3) soit développée depuis l'excision discale et favorisée par un pincement discal important ; plus rarement elle peut être due à une instabilité secondaire avec glissement intervertébral ou à une fracture de fatigue d'isthme ou d'articulaire fragilisés par l'opération.

Radiculalgie controlatérale de même territoire avec ou sans intervalle libre

L'installation d'une telle radiculalgie après une intervention réalisée par abord unilatéral peut faire évoquer une compression discale persistante si la hernie était médiane et volumineuse la. mobilisation peropératoire d'un séquestre si l'imagerie était en faveur d'une hernie exclue ou la compression osseuse si le scanner préopératoire montrait une sténose globale ou une sténose bilatérale des récessus au niveau opéré.

Radiculalgie dans le territoire sus-jacent à la radiculalgie initiale

Le développement par exemple d'une cruralgie L4 après une excision discale L4-L5 pour sciatique L5 peut être le fait d'une nouvelle compression nerveuse à un étage sus-jacent ; mais elle peut aussi être directement liée à l'opération réalisée par des mécanismes variés : une laminotomie L4-L5 fragilisant trop l'isthme de L4 peut induire la lyse secondaire de cet isthme et de ce fait une cruralgie (fig. 4) ;

un pincement discal postopératoire important peut par la fermeture des trous de conjugaison L4-L5 qu'il entraîne provoquer non pas une récidive de sciatique L5 mais une cruralgie ;

l'excision par voie interlamaire pure d'une hernie discale L4-L5 à la fois endocanalaire et extraforaminale peut favoriser une compression de L4 par la persistance de la partie extraforaminale de la hernie et par le pincement discal postopératoire (fig. 5).

Dernière éventualité la lombalgie postopératoire est importante sans radiculalgie ou très prédominante sur la radiculalgie

L'installation précoce dans les semaines ou mois qui suivent une excision discale d'une telle lombalgie doit faire suspecter en premier lieu une spondylodiscite d'évolution torpide. Le bilan biologique peut s'avérer normal et la RMN peut ne pas montrer d'hypersignal en T2 dans le disque opéré malgré un pincement important du disque et des altérations des plateaux vertébraux (fig. 6).

Une telle évolution peut être le fait d'une spondylodiscite à germes peu pathogènes et spontanément stérilisée mais elle semble possible sans infection et la possibilité de spondylodiscite purement chimique a été évoquée.

D'installation plus progressive la lombalgie est souvent due à une surcharge mécanique des articulaires postérieures favorisée par le pincement discal ou à une évolution discarthosique du niveau opéré.

Une instabilité postopératoire peut être responsable si l'intervention a comporté une exérèse osseuse importante et s'il n'a pas étéréalisé d'arthrodèse (arthrectomie totale ou arthrectomie bilatérale importante) surtout aux niveaux L4-L5 et L3-L4. Cette exérèse osseuse peut être le fait d'une technique inadaptée (fig. 7) mais elle peut aussi avoir été rendue nécessaire par l'association d'une sténose importante à la hernie ou par le caractère très volumineux de la hernie ellemême.

De même une hernie foraminale importante peut nécessiter une arthrectomie totale pour son excision. Plus rarement l'examen du dossier d'imagerie préopératoire peut montrer que l'excision discale a été réalisée sur un niveau présentant un glissement intervertébral (spondylolisthésis dislocation rotatoire). Par effet de volume partiel dû à l'épaisseur des coupes et à leur obliquité le scanner peut créer des fausses images de hernie discale mais d'authentiques hernies peuvent se développer au niveau de ces glissements et en l'absence d'arthrodèse associée il n'est pas rare que le glissement s'accentue avec reprise douloureuse.

La survenue secondaire d'une lombalgie importante trouvera parfois son explication dans une fracture d'arc postérieur restant (fig. 4) mais le plus souvent le diagnostic restera imprécis et purement clinique : douleurs d'insertions ligamentaires ? fibromyalgie ? insuffisance discale ?...

Autres diagnostics

Si une prévention de la déstabilisation postopératoire a été associée à l'excision de la hernie discale d'autres diagnostics seront aussi évoqués : pseudarthrose d'arthrodèse fermeture des trous de conjugaison par fixation en hyperlordose compression nerveuse par l'ostéosynthèse...

Examens complémentaires : l'imagerie

Quel bilan ?

Il peut être fortement influencé par ces constatations cliniques surtout si le diagnostic initial est remis en cause.

En dehors de cette éventualité le bilan d'imagerie pour un rachis opéré est bien différent de celui du rachis vierge.

De nouvelles radiographies standards restent nécessaires mais surtout le scanner doit ici être réalisé avec injection intraveineuse iodée.

La décision de réintervenir chirurgicalement est si lourde de conséquences que pour nous désormais le scanner est toujours complété par une RMN avec injection de gadolinium : cette dernière ne peut se substituer complètement au scanner car elle fournit une moins bonne information sur les structures osseuses ou calcifiées ; par contre elle a le mérite d'explorer tout le rachis lombaire et dorsolombaire de mieux identifier les récidives herniaires la fibrose épidurale les collections liquidiennes et l'inflammation ; enfin elle permet une analyse du contenu intradural.

Ces trois examens de première intention : radiographie scanner avec bolus iodé et RMN avec gadolinium sont en général suffisants pour récuser toute intervention chirurgicale ou plus rarement pour décider de réopérer.

En deuxième intention il peut être nécessaire de compléter ce bilan par des radiographies dynamiques un disco-scanner ou très rarement par une neurc graphie ou une épidurographie.

La radiculographie reste très utile dans les rachis vierges pour affirmer la compression radiculaire devant une image de hernie discale de faible volume ; mais elle ne fait plus partie du bilan du rachis opéré car toute gaine radiculaire qui a été comprimée puis libérée chirurgicalement peut conserver des adhérences arachnoïdiennes qui empêchent son injection par le liquide céphalorachidien ; ainsi l'amputation d'une gain(- radiculaire perd sa valeur diagnostique au niveau opéré.

Néanmoins si la RMN n'est pas disponible cet examen reste utile pour vérifier l'absence de compression nerveuse endocanalaire aux autres niveaux et l'absence de tumeur intradurale ; il peut montrer aussi une arachnoïdite importante de la queue de cheval avec image en doigt de gant pouvant expliquer des douleurs résiduelles.

Les examens électriques électromyogramme et potentiels évoqués somesthésiques sont de peu d'intérêt : ils perdent sur un rachis opéré la capacité (l'affirmer l'organicité ou l'origine neuiogène d'une douleur des membres inférieurs ; en effet des altérations enregistrées peuvent n'être que des séquelles postopératoires comme l'a bien montré Tullberg [15]. Il faut rester très réservé sur les conclusions métamériques (le tels examens : la plupart des muscles des membres inférieurs ont une innervation pluriradiculaire avec des variations individuelles ; tous les schémas de dermatomes publiés sont différents entre eux et les anomalies transitionnelles rachidiennes ne sont pas rares : le choix de réintervenir pour libérer une racine plutôt qu'une autre ne peut donc être valablement influencé par ces conclusions. Ces examens n'ont d'intérêt que si répétés et comparables ils perrnettent d'affirmer une évolutivité des troubles séquellaires vers la récupération ou vers l'aggravation.

Radiographies standards

Ces radiographies au mieux complétées par des clichés centrés sur le niveau opéré restent indispensables. Elles permettent en général de contrôler par l'exérèsie lamaire pratiquée la concordance du nilieau opéré et de 1e imagerie préopératoire et d'apprécier l'importance du pincement discal postopératoire. Des orientations diagnostiques sont déjà possibles : séquelles de sp )ndylodiscite (fig. 6) glissement intervertébral ou signes indirects de sténose (pédicules courts hypertrophie des massifs articulaires sténose foraminale).

L'examen attentif de la résection osseuse lamaire et articulaire pratiquée lors de la première intervention peut révéler une fracture de l'articulaire inférieure partiellement excisée ou une fracture d'isthme sus-jacent (fig. 4).

Ces fractures peuvent être suspectées devant une perte de parallélisme des surfaces articulaires due à leur déplacement : elles seront parfois plus faciles à affirmer sur des clichés de trois quart des tomographies ou un scanner avec reconstruction. Si une stabilisation a été réalisée ces radiographies sont nécessaires pour apprécier la qualité de l'arthrodèse et pour dépister une éventuelle complication de l'ostéosynthèse.

Scanner avec bolus intraveineux iodé

Il permet en faisant varier la fenêtre de densité l'analyse des structures osseuses puis celle des parties molles.

C'est cet examen qui montre le mieux la sténose constitutionnelle ou arthrosique pré-existante à la première opération ou apparue depuis : sténose globale du niveau opéré (fig. 2) ou purement latérale dans le récessus (fig. 3) ou dans le foramen ; sténose aux niveaux sus-jacents.

Il permet une meilleure analyse du sacrifice osseux réalisé par l'intervention que les radiographies (fig. 7). Des structures calcifiées compressives peuvent être identifiées mieux que par la RMN : calcification secondaire d'un ligament jaune remis en place après excision discale (fig. 13) calcification de la capsule articulaire ou du bourrelet discal incisé fragment osseux de laminectomie ou greffon d'arthrodèse migré.

Enfin il peut montrer une arachnoïdite calcifiante parfois responsable de douleurs (fig. 8). En densité de parties molles avant l'injection iodée certaines complications peuvent être identifiées : migration d'un greffon graisseux en postopératoire ou méningocèle diagnostiquée parfois à distance de l'opération. Une image de hernie discale peut être découverte aux niveaux vierges ou du côté non abordé et cohérente avec les douleurs actuelles.

Mais dans le site de la première intervention l'analyse des parties molles est en général rendue impossible par la fibrose cicatricielle péridurale : cette fibrose est presque constante plus ou moins importante et réalise une hyperdensité qui en remplaçant la graisse épidurale rend souvent indiscernable un fragment discal. Le principe de l'injection intraveineuse iodée repris ultérieurement dans l'injection intraveineuse de gadolinium pour la RMN utilise le fait que théoriquement la cicatrice fibreuse est vascularisée et le séquestre discal avasculaire. Une hernie discale ou un séquestre migré deviennent alors visibles hypodenses et contrastant avec la cicatrice devenue hyperdense après injection (fig. 9).

Une récidive de hernie discale peut ainsi devenir évidente si l'image est volumineuse mais il persiste des cas douteux dans près de 20 p. cent des cas comme l'a évalué Firooznia [7] car la fibrose peut être en fait peu vascularisée ou le séquestre discal ancien colonisé par la néovascularisation qui l'entoure. Enfin Tullberg [16] a montré récemment par des scanners répétés chez 50 opérés qu'au cours de la première année postopératoire il est banal qu'une image discale refoulant la racine persiste entourée de fibrose et sans corrélation avec l'état clinique.

RMN avec injection de gadolinium

Pour décider d'une réintervention chirurgicale il est important de disposer d'un bilan suffisamment exhaustif pour ne pas méconnaître une compression lombaire haute (rétrolisthésis hernie discale sténose centrale tumeur vertébrale...) ou une pathologie intradurale.

La RMN peut ainsi découvrir un neurinome ou une tumeur de la queue de cheval méconnue sur le seul scanner préopératoire.

Elle peut montrer une arachnoïdite séquelle d'injections intradurales ou de l'intervention chirurgicale surtout si du sang a pénétré dans le sac dural à la faveur d'une brèche. Cette arachnoïdite est à distinguer de la fibrose épidurale : une arachnoïdite importante peut coexister avec une fibrose minime et à l'inverse une fibrose majeure avec une absence d'arachnoïdite. Cette arachnoïdite peut être responsable de douleurs séquellaires et prendre trois aspects à la RMN : racines adhérentes à la périphérie du sac dural racines accolées entre elles au sein du liquide céphalorachidien ou enfin aspect nodulaire arrondi d'allure pseudotumorale.

En objectivant l'accumulation d'eau par la séquence T2 la RMN peut révéler une méningocèle (fig. 10) et permet alors de repérer ses expansions et ses rapports avec le sac dural. Un corps étranger tissulaire peut passer inaperçu au scanner étant de même densité que les muscles et devenir évident à la RMN par la réaction inflammatoire qui l'entoure. La persistance d'un hypersignal intradiscal en T2 avec des images radiographiques évocatrices de spondylodiscite fait suspecter une infection encore évolutive (fig. 11) : une ponction-lavage du disque est alors nécessaire pour identifier le germe.

La comparaison des images en séquence TI avant et après injection de gadolinium est indispensable pour évaluer l'importance de la fibrose épidurale et pour faire le diagnostic de hernie discale laissée en place ou récidivée (fig. 12). Dans ce diagnostic la RMN présente une plus grande sensibilité que le scanner : elle a été évaluée à 92 p. cent par Lévèque à propos de 32 cas [12]. Mais il persiste des faux négatifs de récidive herniaire et des prises de contraste intermédiaires douteuses [1] pour les mêmes raisons que le scanner avec bolus intraveineux iodé (fig. 13a).

Dans ces cas très particuliers le disco-scanner toujours demandé en deuxième intention est le meilleur examen.

Disco-scanner

Il comprend dans un premier temps la réalisation au niveau suspect de récidive herniaire d'une discographie : clle-ci est réalisée par voie postéro-latérale du côté opposé à la radiculalgie pour éviter du côté suspect des fuites de produit opaque le long de l'aiguille qui pourraient être trompeuses.

Dans un deuxième temps le scanner permet d'apprécier s'il existe une fuite de contraste à l'extérieur du disque et si cette fuite injecte l'image qui au scanner ou à la RMN apparaissait comme une possible récidive herniaire (fig. 13b). Dans certains cas cette fuite liquidienne peut même entourer un séquestre exclu et le rendre visible.

Cet examen est performant aussi pour prouver une hernie foraminale ou extraforaminale que les autres examens peuvent hésiter à affirmer surtout s'il existe une fibrose associée. Si en plus des images décrites la discographie déclenche ou accentue la radiculalgie dont se plaint le patient le diagnostic de récidive herniaire s'en trouve conforté.

D'autres examens sont de pratique plus rare

- Clichés dynamiques en l'absence de contracture lombaire pour évaluer une instabilité ou la fusion d'une arthrodèse associée.

- Infiltrations sélectives périradiculaires à la sortie du trou de conjugaison avec neurographie : pour préciser le nerf en cause dans une radiculalgie et surtout pour les compressions foraminales souvent difficiles à affirmer.

- L'épidurographie enfin est rarement pratiquée dans un but diagnostique ; elle sert surtout de contrôle dans le traitement de certaines fibroses péridurales par injection péridurale sous pression.

Au terme de ce bilan il est fréquent de conclure à l'absence de complications chirurgicales et à l'absence de compression nerveuse les examens ne montrant qu'une fibrose péridurale (fig. 14) ou une arachnoïdite (fig. 8).

Ces conclusions ont néanmoins des conséquences thérapeutiques suffisamment importantes pour justifier toutes ces investigations. Plus rarement une indication claire de réintervention fondée sur une imagerie de qualité pourra être proposée.

THERAPEUTIQUES

L'excision d'une récidive de hernie discale est en fait rare et les traitements des échecs de la chirurgie discale aussi variés que les étiologies peuvent être classés en traitement des complications et erreurs techniques traitement médical chirurgie de stabilisation et chirurgie de décompression nerveuse itérative.

Traitement des complications et erreurs techniques

- Une spondylodiscite encore active sur le plan infectieux nécessite une immobilisation par corset rigide et une double antibiothérapie au mieux adaptée au germe isolé lors de la ponction-lavage du disque en sachant qu'une culture stérile n'élimine pas forcément ce diagnostic.

L'existence d'une épidurite infectieuse associée est une éventualité très grave avec un taux de survie de l'ordre de 50 p. cent ; elle conduit à une excision chirurgicale et un drainage après laminectomie sur toute la hauteur de l'extension intracanalaire appréciée à la RMN ou au scanner. Une ostéolyse corporéale importante (fig. 11) ou une évolutivité persistante sous traitement médical peuvent imposer une excision et une arthrodèse intersomatique par voie antérieure.

Une méningocèle peut nécessiter une réintervention si elle est symptomatique ; les parois de la poche dans les structures musculaires seront excisées et le collet duremérien repéré ; si des racines font hernie dans la méningocèle elles seront réintégrées prudemment dans le sac dural après agrandissement du collet et en libérant les adhérences arachnoïdiennes.

La fermeture étanche du sac dural doit être obtenue : un simple surjet passé peut suffire pour une brèche peu étendue si elle n'entraîne pas de sténose du sac ; pour une brèche plus large il peut être nécessaire de pratiquer un patch de dure-mère lyophilisée ou d'aponévrose des muscles paravertébraux.

La mise en place de colle biologique sur les sutures est utile pour parfaire l'étanchéité qui est contrôlée par une manoeuvre d'hyperpression thoracique que réalise l'anesthésiste. En postopératoire un décubitus strict de 5 jours au minimum est nécessaire avec drainage non aspiratif pour certains et sans drainage pour d'autres.

- D'autres complications peuvent nécessiter une réintervention précoce ou tardive : ablation ou suture d'un greffon graisseux non fixé déplacé et compressif ; ablation de fragment osseux ou de greffon compressif dans la laminectomie ; modification d'une ostéosynthèse.

Taitement médical

1. En dehors des éventualités citées une persistance ou une récidive de radiculalgie doit d'abord être traitée médicalement comme pour un rachis vierge une réintervention n'étant envisageable que si ce traitement échoue.

En effet nombre de récidives douloureuses peuvent être soulagées par le repos le port d'un corset l'association d'antiinflammatoires d'antalgiques et de décontracturants ou la réalisation d'infiltrations péridurales intrathécales ou par les trous sacrés ou le hiatus sacré.

Une lombalgie sévère peut être soulagée suivant les constatations cliniques par des infiltrations des articulaires ou des ligaments ilio-lombaires ou par une injection intradiscale de corticoïdes.

Toutes ces thérapeutiques n'ont pas une validation scientifique et ne sont pas universellement reconnues même pour un rachis vierge; néanmoins comme Wilkinson [18] le montre bien il est logique de les utiliser sur la seule base de leur faible risque et de ]leur efficacité chez certains patients pour essayer d'éviter- une réintervention chirurgicale même si celle-ci paraît etnatomiquement logique.

2. Si le bilan d'imagerie n'a identifié qu'une fibrose péridurale ou une arachnoïdite la cause même des douleurs persistantes reste obscure. En effet ces constatations sont banales et compatibles a vec un bon résultat clinique : un travail effectué dans le service pour le problème voisin des sténoses lombaires opérées avait montré au scanner une fréquence de 80 p. cent de la fibrose péridurale à 6 mois de l'intervention non corrélée à la présence d'éventuelles radiculalgies persistantes [3]. Fibrose et arachnoïdite perturbent la vascularisation radiculaire et limitent la mobilité naturelle des structures nerveuses dans le rachis : elles rendent ainsi ces structures plus vulnérables à la persistance ou à la récidive d'une compression minime ; enfin elles augmentent les risques d'une réintervention réalisée pour une autre indication. Il est donc logique de s'attacher à les prévenir mais leur responsabilité propre dans les douleurs résiduelles a sans doute été exagérée par le passé.

Les interventions d'excision de fibrose péridurale ou d'ouverture des gaines radiculaires ou de neurolyse intradurale pour arachnoïdite qui étaient proposées sont désormais à déconseiller : responsables en crande partie des aggravations neurologiques que nous avons évoquées elles n'obtenaient que trop rarement une diminution des douleurs (15 p. cent de diminution des douleurs pour 72 patients opérés par Jorgensen [101).

De plus elles étaient souvent suivies d'une récidive sur un mode accentué de la fibr()se ou de l'arachnoïdite. Il paraît désormais plus probable que ces douleurs résiduelles chroniques persistantes en l'absence de compression soient dues à des lésions axonales et à une fibrose intraneurale que ces interventions ne faisaient qu'accentuer. Les lésions axonales sensitives entraînent une déafférentation du niveau médullaire qui amplifie la douleur résiduelle souvent sur un mode causalgique.

Le traitement de ces douleurs est très difficile et mené au mieux par des équipes pluridisciplinaires dans des centres spécialisés d'école du dos ou de consultation de la doul(-ur. Il fait appel aux traitements médicaux déjà exposés et de façon plus spécifique aux médications de la douleur chronique (encycliques anticonvulsivan-ts) aux infiltrations épidurales sous pression et à la nettrostimulation tra.nscutanée.

Une prise en compte de la composante psychologique est indispensable avec suivant les cas et les équipes : utilisation de médications anxiolytiques ou antidépressives psychothérapie approche psychosomatique technique de relaxation ou de « bio-feed back ».

La composante rachidienne doit être parallèlement traitée pour apprendre au patient à mieux utiliser son dos dans les activités quotidiennes et dans le travail : ergothérapie rééducation proprioceptive pour certaines activités verrouillage lombaire et renforcement musculaire isométrique pour d'autres récupération d'une bonne mobilité des hanches.

La physiothérapie est souvent utile par l'effet analgésique et myorelaxant de la chaleur et des massages. Des périodes de mise au repos (lit tractions lombostat) peuvent être nécessaires pour des accès douloureux subaigus mais l'ensemble de ces traitements vise au contraire à la récupération progressive d'un niveau d'activité physique croissant. Ce type de prise en charge nécessite un suivi pluridisciplinaire qu'il est préférable d'organiser le plus près possible du domicile pour ne pas renforcer le sentiment de gravité des troubles et la désinsertion sociale et familiale.

Dans le traitement de ces radiculalgies chroniques la place de la chirurgie est très limitée : les interventions de rhizotomie de radicotomie sensitive ne sont que rarement pratiquées par quelques neurochirurgiens ; il peut être utile d'implanter des électrodes de stimulation de la moelle dorsale si la neurostimulation transcutanée s'est avérée efficace et dans des cas exceptionnels une pompe pour instillation épidurale ou intradurale de morphine.

CHIRURGIE DE STABILISATION ET DE DECOMPRESSION NERVEUSE ITERARIVE

Stabilisation et décompression nerveuse itératives parfois associées sont donc les deux actions chirurgicales habituellement possibles par une réintervention.

Stabilisation

Elle peut être indiquée à titre curatif pour une réelle instabilité préexistante à la première intervention ou créée par elle ou à titre préventif si une résection osseuse importante et déstabilisante est prévisible lors de la décompression nerveuse itérative.

Un échec par lombalgie invalidante peut aussi faire poser l'indication d'une arthrodèse quand les niveaux adjacents sont sains à la discographie ou à la RMN.

Enfin certains la préconisent pour supprimer la mobilité au niveau où n'a été identifiée qu'une fibrose péridurale dans l'espoir de diminuer les lomboradiculalgies séquellaires : c'est d'ailleurs pour cette indication de reprise que l'arthrodèse postéro-latérale a été initialement proposée.

Pour une réintervention il paraît particulièrement important de proposer la stabilisation la plus éprouvée.

Ligamentoplasties implants intervertébraux ou prothèses discales ne paraissent pas avoir fait suffisamment la preuve de leur fiabilité et de leur durabilité pour être recommandables dans cette indication.

L'arthrodèse avec greffe autologue est certainement actuellement la méthode la plus sûre : il s'agit le plus souvent d'une arthrodèse postéro-latérale réalisée par la voie médiane si une libération nerveuse itérative est envisagée ; dans le cas contraire il vaut mieux la pratiquer par deux voies transmusculaires postérolatérales après avoir agrandi l'ancien abord cutané médian et réalisé deux décollements aponévrotiques ; en effet cette technique évite de prendre le risque de pénétration intracanalaire ici inutile.

Certains préconisent une arthrodèse intersomatique par voie postérieure quand une réintervention intracanalaire est nécessaire : avec cette technique Lerat a obtenu 13 résultats satisfaisants pour 16 patients réopérés [11]. O'Brien [13] pratique quant à lui une arthrodèse combinée antérieure et postérieure en un temps avec 86 p. cent de bons résultats mais il ne donne pas de précision sur les états cliniques préopératoires ni sur les critères d'appréciation des résultats.

Décompression nerveuse itérative

Elle ne pose de problème particulier que si l'agent compressif est situé au niveau et du côté déjà opéré au sein de la fibrose. La résection extensive de fibrose est inutile et expose au risque de blessure radiculaire : il vaut mieux la limiter au minimum nécessaire pour aborder la lésion compressive et certains comme Ebeling [6] préconisent l'usage du microscope pour rendre plus fine et moins traumatisante la dissection. Cette chirurgie de reprise est difficile et Dietmar [5] rapporte 17 4 p. cent de brèches durales 2 9 p. cent d'erreurs d'étages et 8 7 p. cent d'hémorragies importantes ; le taux de complications peropératoires de 13 7 p. cent pour une première intervention passe à 27 5 p. cent dans cette chirurgie des récidives par des opérateurs expérimentés.

Sur le plan technique certains conseils peuvent être dégagés : il faut tout faire pour que cette réintervention décidée soit la dernière ; il faut vérifier toutes les zones de compression possible même si elles ne sont que suspectées par l'imagerie ; de même il faut réaliser une arthrodèse si on redoute une déstabilisation : dans ces réinterventions les exérèses osseuses nécessaires pour assurer une libération nerveuse complète en toute sécurité sont plus importantes que dans une intervention de première intention.

Si une ostéosynthèse est associée à l'arthrodèse il est préférable de la réaliser en titane car une nouvelle récidive douloureuse restant toujours possible l'acier rendrait ininterprétable une grande partie de l'imagerie postopératoire dont nous avons vu l'importance. Il est souhaitable de pratiquer cette chirurgie de reprise en agrandissant la voie d'abord précédente et en exposant toutes les structures osseuses nécessaires avant de pénétrer dans le canal rachidien : pourtour de l'ancienne zone de laminectomie isthmes et articulaires restants et apophyses transverses si une arthrodèse postérolatérale est prévue.

La fibrose qui couvre l'ancienne zone de laminectomie est laissée en place et décollée progressivement à la spatule des structures osseuses qui la circonscrivent : une traction modérée sur ce bloc fibreux facilite les dissections ultérieures et cette fibrose protège le contenu dural.

En fin d'intervention il est souhaitable de la désépaissir pour évit

Par syl31 - Publié dans : malaudos
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Jeudi 4 mai 2006 4 04 /05 /Mai /2006 15:58

 Conférences d'enseignement de la Sofcot
1994 ; 46 93-104.

 

Échecs et reprises de la chirurgie de la hernie discale lombaire

 

B. LASSALE (1)

(1)Service de Chirurgie orthopédique Hôpital Beaujon 100 boulevard du Général-Leclerc 92110 CLICHY.

Quand elle est réalisée pour une lombosciatique franche et rebelle la chirurgie de la hernie discale lombaire a souvent des résultats excellents. Pourtant un échec par radiculalgie ou par lombalgie est toujours possible même après une opération correctement effectuée ; cette notion a fortement contribué au développement des méthodes extracanalaires et percutanées de traitement.

 La décision de réintervention difficile à prendre doit être précédée d'une démarche diagnostique large : en effet le premier risque serait de conforter un diagnostic initial erroné en s'enfermant dans la simple alternative : récidive de hernie discale ou fibrose péridurale ?

 

DONNEES DU PROBLEME

Les résultats des séries chirurgicales publiées ne permettent pas d'évaluer avec précision la fréquence générale de ces échecs leur taux variant suivant les auteurs de 1 à 20 p. cent ; ceci est lié pour une part à la qualité des indications et de la technique chirurgicale mais surtout à l'absence persistante de consensus sur la définition même des échecs.

Déjà en 1985 Howe [8] avait mis l'accent sur ce problème : il avait fait évaluer par des médecins indépendants au moyen de 14 cotations différentes de la littérature les résultats pour 207 opérés : suivant la cotation utilisée le taux de résultats non satisfaisants de cette série variait de 3 p. cent à 40 p. cent .

Sous un autre angle Wilkinson [18] montre que les patients souffrant à la suite d'échec de la chirurgie rachidienne lombaire (Failed back syndrome) représenteraient deux tiers des consultants des centres antidouleur aux Etats-Unis où la hemie discale lombaire est l'indication chirurgicale prépondérante.

Discuter d'une éventuelle intervention c'est mettre en balance le bénéfice escompté et les risques de la chirurgie notamment en terme d'aggravation. Ces réinterventions quand elles sont pratiquées au même niveau opératoire s'avèrent plus délicates à réaliser que l'intervention initiale ; elles ont à juste titre été très critiquées par le passé et en 1979 Waddell [17] notait qu'après deux interventions 25 p. cent des malades présentaient une aggravation de leurs symptômes ce taux s'élevant à 45 p. cent après 4 interventions.

Deux séries consécutives de patients réopérés au même niveau dans notre service ont été publiées : l'une de 72 réinterventions en 1987 [2] et l'autre de 39 en 1991 [4]. Dans aucune des deux nous n'avons noté d'aggravation et à cet égard la technique chirurgicale sur laquelle nous reviendrons paraît importante.

Le bénéfice que l'on escompte de cette réintervention n'est pas forcément considérable mais une amélioration transforme tellement la vie de ces patients que si aujourd'hui une indication claire se dégage de l'enquête diagnostique cette réintervention mérite d'être tentée. En effet ce bénéfice progresse avec les techniques d'imagerie moderne qui rendent plus précis les diagnostics de compression nerveuse : nous n'avions obtenu en 1987 un résultat satisfaisant qu'une fois sur deux ce taux concordant avec les résultats de la littérature en 1991 ce taux est monté à 73 p. cent et il est permis d'espérer qu'il progressera encore avec l'imagerie actuelle.

Les difficultés de ces réinterventions influencent l'indication initiale de traitement chirurgical d'une hernie discale lombaire : Saal [14] a montré en 1989 dans une étude multicentrique que sans chirurgie 90 p. cent des patients sont soulagés de leurs douleurs et reprennent leur travail. La validation de la chymopapaine dans le traitement de ces hernies a conduit à des études que par éthique les séries chirurgicales ne permettent pas : elles ont en effet pu être randomisées et réalisées contre placebo ; 5 études de ce type ont été publiées et le fait le plus marquant n'est pas que l'efficacité de la chymopapaïne soit prouvée c'est que le placebo sous forme d'injection de sérum dans le disque obtienne près de 50 p. cent de guérisons chez des patients bien sélectionnés comme candidats à la chirurgie.

Depuis peu de temps il a été montré au scanner et à la RMN que la résorption spontanée et complète de hernies discales même volumineuses et exclues est une éventualité tout à fait possible : la graisse péridurale un peu à la façon d'une synoviale effectue cette résorption par le biais d'une inflammation salutaire.

Le développement de techniques chirurgicales réputées peu agressives par abord limité ne doit pas occulter ces notions qui reviennent à l'esprit devant certains opérés devenus douloureux chroniques. En effet l'approche thérapeutique de ces patients est souvent difficile : déçus et parfois perturbés psychologiquement ils sont volontiers déroutés par des avis contradictoires que favorisent leurs consultations diverses. C'est pourtant à une véritable enquête qu'il faut les soumettre pour déceler parmi les nombreux diagnostics possibles l'élventuelle indication chirurgicale susceptible de les soulager ou pour les orienter vers le suivi médical le mieux adapté. Une évaluation faite à la consultation de notre service a montré que cette enquête conclut à une indication initiale totalement ou partiellement erronée environ une fois sur deux ; une réintervention chirurgicale n'a été pratiquée que pour moins d'un malade sur six.

DIAGNOSTICS DES CAUSES D'ECHEC

Enquête diagnostique

Il est important d'obtenir tous les documents d'imagerie réalisés avant et depuis l'intervention chirurgicale et le compte rendu opératoire. Ces éléments sont nécessaires pour reprendre tout le cheminement qui a conduit à opérer et pour comprendre les différents temps de l'acte chirurgical effectué.

Histoire douloureuse

Beaucoup de patients amalgament les douleurs préopératoires les douleurs postopératoires et les douleurs actuelles qu'il importe de bien faire distinguer.

Une douleur préopératoire mal systématisée atypique ou tronquée peut faire douter de la responsabilité initiale de la hernie opérée et conduire à redresser le diagnostic.

Les caractéristiques de la douleur actuelle doivent être bien précisées : il ne faudrait pas poser une indication de réintervention sur des notions d'engourdissements même désagréables de sensations de chaud ou de froid : même après une chirurgie tout à fait efficace sur la radiculalgie de tels troubles peuvent être très lents à régresser ; souvent plus gênants par l'inquiétude qu'ils suscitent que par leur retentissement rélel ils ne seraient en fait que peu ou pas modifiés par une réintervention.

La part respective de la lombalgie et de la radiculalgie dans la plainte douloureuse actuelle est aussi à évaluer : une lombalgie exclusive ou prédominante ayant de bonnes chances de s'améliorer avec le iemps et les traitements physiques. Le profil évolutif des douleurs oriente beaucoup le diagnostic : douleur préopératoire inchangée ou douleur dans un nouveau territoire radiculaire homolatéral ou controlatéral ou douleur récidivante après un intervalle libre. Cette notion d'intervalles libre est capital(- mais un soulagement de quelques semaines a peu de valeur diagnostique ; en effet il peut s'observer même après une erreur diagnostique ou après une erreur de niveau opératoire et il est sans doute favorisé par le repos forcé et la prescription large d'antalgiques dans la période opératoire. Par contre un soulagement de plusieurs mois ou de plusieurs années oriente bien vers la survenue d'une nou)/elle compression qu'elle soit ou non au même niveau rachidien.

Examen clinique

Il diffère peu de l'examen d'un patient nc)n opéré : l'abolition d'un réflexe ostéotendineux perd toute valeur diagnostique si elle correspond à une racine libérée cette observation étant banale mêmt- dans les bons résultats. La coïncidence d'une zone d'hypoesthésie avec le territoire d'une causalgie est le témoin d'une lésion axonale séquellaire responsable de douleurs par déafférentation médullaire qu'une réintervention ne peut améliorer. L'accentuation par la flexion de la nuque.d'une lombalgie diffuse de la zone opératoire est évocatrice d'adhérences méningées : favorisée par l'augmentation de pression du liquide céphalorachidien elle est aussi accentuée par la toux et lors du passage à la station debout. L'examen du rachis lombaire doit bien apprécier raideur contractures localisées ou non amyotrophie déséquilibre ou hyperlordose.

Tous les examens complémentaires réalisés avant l'intervention seront revus en notant non seulement la cohérence avec le compte rendu opératoire mais aussi les zones du rachis non explorées par ces examens : en effet beaucoup de scanners pour lombosciatique n'explorent que le secteur L4S1 et peuvent ainsi méconnaître une compression lombaire haute. Certains examens radiologiques n'intéressent que les zones des disques et l'hypothèse d'un fragment exclu migré et laissé en place devient alors plausible. Le scanner méconnaît les compressions intradurales et l'absence de radiculographie ou de RMN dans le dossier doit éveiller l'attention. Une anomalie transitionnelle avec désignation différente du même niveau discal suivant les examens augmente les difficultés de repérage peropératoire même radiographique et incite à rechercher une erreur de niveau.

Cette enquête permet aussi d'apprécier le contexte psychologique et le terrain : un sportif ou un travailleur de force peut avoir une demande en fait incompatible avec l'état de son rachis lombaire et une réorientation sportive ou un reclassement professionnel sont alors préférables à une réintervention.

Il est fréquent et logique que les douleurs persistantes évoluent dans un contexte d'anxiété et de dépression : la douleur est par définition un mécanisme nociceptif et donc anxiogène ; si elle se prolonge on comprend bien qu'elle puisse induire une dépression réactionnelle.

Mais il existe aussi des facteurs iatrogènes qui peuvent avoir favorisé cette anxiété et cette dépression : avant l'intervention un traitement médical inefficace trop longtemps poursuivi ou un usage trop parcimonieux des antalgiques majeurs peut induire une véritable peur du retour aux douleurs initiales ; l'anxiété parfois renforcée par des difficultés familiales sociales ou professionnelles peut abaisser le seuil douloureux et rendre inacceptable par l'opéré ce qui n'est en fait qu'un inconfort ou un changement de mode de vie : dans ce contexte il est important de rassurer sur le caractère non dangereux et non évolutif des troubles.

Ces situations psychologiques peuvent être très difficiles à évaluer a fortiori si elles s'intègrent dans un contexte médico-légal ou d'indemnisation : une prise en charge psychologique spécialisée peut s'avérer nécessaire ; elle gagne à être expliquée et organisée dès les premières consultations pour être mieux acceptée.

Situations cliniques et orientations diagnostiques

Les causes d'échecs sont très variées mais plusieurs situations cliniques peuvent être distinguées pour orienter la démarche étiologique et la demande d'examens complémentaires.

Douleur inchangée par l'opération

Avant de se focaliser par l'imagerie sur le niveau opéré le diagnostic doit être contrôlé par plusieurs questions successives.

- Existe-t-il vraiment une douleur vive ?

La véritable hystérie est très rare mais certains comportements sinistrosiques ou revendicatifs dans un contexte d'indemnisation insuffisante ont pu faciliter la première indication opératoire et une réintervention ne pourrait qu'aggraver la situation. De même une douleur peut favoriser l'attention de l'entourage éviter un travail pénible ou permettre de garder auprès de soi un conjoint : cette véritable « douleur-bénéfice » est parfois difficile à déceler même après un entretien prolongé.

- S'agit-il d'une radiculalgie ?

Une imagerie préopératoire peu probante ou un compte rendu opératoire faisant état de compression modeste ou de simple bourrelet discal renforce cette question : l'origine vasculaire ou articulaire des douleurs résiduelles doit alors être évoquée. Des antécédents vasculaires une abolition des pouls des crampes une claudication intermittente peuvent orienter vers des douleurs d'ischémie ; le doppler artériel des membres inférieurs au repos et à l'effort est sans doute le meilleur examen avant un avis spécialisé ; mais régulièrement des publications font état d'anévrisme ou autres pathologies vasculaires ayant pris le masque d'une radiculalgie et découvert sur une angiographie ou un scanner avec injection iodée.

La mobilisation passive des grosses articulations dans les différentes positions de flexion et d'extension peut faire la part entre cruralgie et douleur de coxopathie entre sciatique tronquée et douleur de sacro-iliaque ou entre gonopathie et sciatique au mollet. Il n'est pas rare en fait que douleur radiculaire et douleur articulaire coexistent et avant de discuter une éventuelle réintervention lombaire il est important d'évaluer la responsabilité respective des deux pathologies.

L'infiltration d'anesthésiques locaux à effet prolongé dans l'articulation suspecte a une bonne valeur diagnostique alors que l'infiltration périradiculaire d'anesthésiques peut être trompeuse : en effet cette dernière peut atténuer non seulement la radiculalgie mais aussi la douleur d'origine articulaire par effet d'anesthésie métamérique.

Une névralgie tronculaire méconnue sera plus facilement évoquée (fig. 1) si l'histoire douloureuse n'a pas comporté de lumbago initial si les lombalgies préopératoires étaient absentes ou banales ou si depuis l'intervention la névralgie reste localisée à une partie du membre inférieur. La palpation de ce membre peut exacerber les douleurs parfois irradiées d'un névrome de Morton d'une tumeur musculaire ou d'un neurinome mais parfois seule l'imagerie mettra en évidence une tumeur du sacrum ou du bassin un hématome ou une tumeur du psoas tous diagnostics qu'il nous est arrivé d'observer devant un tableau de pseudo-radiculalgie.

 -Quelle était la responsabilité initiale de la hernie discale dans la radiculalgie ?

La persistance ou la récidive rapide de la même radiculalgie après chirurgie doit faire revoir l'imagerie préopératoire pour apprécier l'image de hernie discale et pour rechercher d'autres causes de compression nerveuse éventuellement associées et non prises en compte dans l'indication opératoire. La sténose arthrosique associée est l'éventualité la plus fréquente : sténose sus-jacente ou au niveau opéré (fig. 2) sténose foraminale sous-jacente (par exemple L5-S1 pour une sciatique L5 persistante après excision discale L4-L5). Mais c'est en général l'imagerie postopératoire qui fera le diagnostic des autres causes de radiculalgie persistante : compression méconnue libération nerveuse insuffisante complications postopératoires précoces ou récidive de compression.

Récidive après intervalle libre d'une même radiculalgie

Cette éventualité évoque au premier chef la récidive discale au même niveau mais elle peut être aussi le fait d'une sténose latérale soit pré-existante et non libérée (fig. 3) soit développée depuis l'excision discale et favorisée par un pincement discal important ; plus rarement elle peut être due à une instabilité secondaire avec glissement intervertébral ou à une fracture de fatigue d'isthme ou d'articulaire fragilisés par l'opération.

Radiculalgie controlatérale de même territoire avec ou sans intervalle libre

L'installation d'une telle radiculalgie après une intervention réalisée par abord unilatéral peut faire évoquer une compression discale persistante si la hernie était médiane et volumineuse la. mobilisation peropératoire d'un séquestre si l'imagerie était en faveur d'une hernie exclue ou la compression osseuse si le scanner préopératoire montrait une sténose globale ou une sténose bilatérale des récessus au niveau opéré.

Radiculalgie dans le territoire sus-jacent à la radiculalgie initiale

Le développement par exemple d'une cruralgie L4 après une excision discale L4-L5 pour sciatique L5 peut être le fait d'une nouvelle compression nerveuse à un étage sus-jacent ; mais elle peut aussi être directement liée à l'opération réalisée par des mécanismes variés : une laminotomie L4-L5 fragilisant trop l'isthme de L4 peut induire la lyse secondaire de cet isthme et de ce fait une cruralgie (fig. 4) ;

un pincement discal postopératoire important peut par la fermeture des trous de conjugaison L4-L5 qu'il entraîne provoquer non pas une récidive de sciatique L5 mais une cruralgie ;

l'excision par voie interlamaire pure d'une hernie discale L4-L5 à la fois endocanalaire et extraforaminale peut favoriser une compression de L4 par la persistance de la partie extraforaminale de la hernie et par le pincement discal postopératoire (fig. 5).

Dernière éventualité la lombalgie postopératoire est importante sans radiculalgie ou très prédominante sur la radiculalgie

L'installation précoce dans les semaines ou mois qui suivent une excision discale d'une telle lombalgie doit faire suspecter en premier lieu une spondylodiscite d'évolution torpide. Le bilan biologique peut s'avérer normal et la RMN peut ne pas montrer d'hypersignal en T2 dans le disque opéré malgré un pincement important du disque et des altérations des plateaux vertébraux (fig. 6).

Une telle évolution peut être le fait d'une spondylodiscite à germes peu pathogènes et spontanément stérilisée mais elle semble possible sans infection et la possibilité de spondylodiscite purement chimique a été évoquée.

D'installation plus progressive la lombalgie est souvent due à une surcharge mécanique des articulaires postérieures favorisée par le pincement discal ou à une évolution discarthosique du niveau opéré.

Une instabilité postopératoire peut être responsable si l'intervention a comporté une exérèse osseuse importante et s'il n'a pas étéréalisé d'arthrodèse (arthrectomie totale ou arthrectomie bilatérale importante) surtout aux niveaux L4-L5 et L3-L4. Cette exérèse osseuse peut être le fait d'une technique inadaptée (fig. 7) mais elle peut aussi avoir été rendue nécessaire par l'association d'une sténose importante à la hernie ou par le caractère très volumineux de la hernie ellemême.

De même une hernie foraminale importante peut nécessiter une arthrectomie totale pour son excision. Plus rarement l'examen du dossier d'imagerie préopératoire peut montrer que l'excision discale a été réalisée sur un niveau présentant un glissement intervertébral (spondylolisthésis dislocation rotatoire). Par effet de volume partiel dû à l'épaisseur des coupes et à leur obliquité le scanner peut créer des fausses images de hernie discale mais d'authentiques hernies peuvent se développer au niveau de ces glissements et en l'absence d'arthrodèse associée il n'est pas rare que le glissement s'accentue avec reprise douloureuse.

La survenue secondaire d'une lombalgie importante trouvera parfois son explication dans une fracture d'arc postérieur restant (fig. 4) mais le plus souvent le diagnostic restera imprécis et purement clinique : douleurs d'insertions ligamentaires ? fibromyalgie ? insuffisance discale ?...

Autres diagnostics

Si une prévention de la déstabilisation postopératoire a été associée à l'excision de la hernie discale d'autres diagnostics seront aussi évoqués : pseudarthrose d'arthrodèse fermeture des trous de conjugaison par fixation en hyperlordose compression nerveuse par l'ostéosynthèse...

Examens complémentaires : l'imagerie

Quel bilan ?

Il peut être fortement influencé par ces constatations cliniques surtout si le diagnostic initial est remis en cause.

En dehors de cette éventualité le bilan d'imagerie pour un rachis opéré est bien différent de celui du rachis vierge.

De nouvelles radiographies standards restent nécessaires mais surtout le scanner doit ici être réalisé avec injection intraveineuse iodée.

La décision de réintervenir chirurgicalement est si lourde de conséquences que pour nous désormais le scanner est toujours complété par une RMN avec injection de gadolinium : cette dernière ne peut se substituer complètement au scanner car elle fournit une moins bonne information sur les structures osseuses ou calcifiées ; par contre elle a le mérite d'explorer tout le rachis lombaire et dorsolombaire de mieux identifier les récidives herniaires la fibrose épidurale les collections liquidiennes et l'inflammation ; enfin elle permet une analyse du contenu intradural.

Ces trois examens de première intention : radiographie scanner avec bolus iodé et RMN avec gadolinium sont en général suffisants pour récuser toute intervention chirurgicale ou plus rarement pour décider de réopérer.

En deuxième intention il peut être nécessaire de compléter ce bilan par des radiographies dynamiques un disco-scanner ou très rarement par une neurc graphie ou une épidurographie.

La radiculographie reste très utile dans les rachis vierges pour affirmer la compression radiculaire devant une image de hernie discale de faible volume ; mais elle ne fait plus partie du bilan du rachis opéré car toute gaine radiculaire qui a été comprimée puis libérée chirurgicalement peut conserver des adhérences arachnoïdiennes qui empêchent son injection par le liquide céphalorachidien ; ainsi l'amputation d'une gain(- radiculaire perd sa valeur diagnostique au niveau opéré.

Néanmoins si la RMN n'est pas disponible cet examen reste utile pour vérifier l'absence de compression nerveuse endocanalaire aux autres niveaux et l'absence de tumeur intradurale ; il peut montrer aussi une arachnoïdite importante de la queue de cheval avec image en doigt de gant pouvant expliquer des douleurs résiduelles.

Les examens électriques électromyogramme et potentiels évoqués somesthésiques sont de peu d'intérêt : ils perdent sur un rachis opéré la capacité (l'affirmer l'organicité ou l'origine neuiogène d'une douleur des membres inférieurs ; en effet des altérations enregistrées peuvent n'être que des séquelles postopératoires comme l'a bien montré Tullberg [15]. Il faut rester très réservé sur les conclusions métamériques (le tels examens : la plupart des muscles des membres inférieurs ont une innervation pluriradiculaire avec des variations individuelles ; tous les schémas de dermatomes publiés sont différents entre eux et les anomalies transitionnelles rachidiennes ne sont pas rares : le choix de réintervenir pour libérer une racine plutôt qu'une autre ne peut donc être valablement influencé par ces conclusions. Ces examens n'ont d'intérêt que si répétés et comparables ils perrnettent d'affirmer une évolutivité des troubles séquellaires vers la récupération ou vers l'aggravation.

Radiographies standards

Ces radiographies au mieux complétées par des clichés centrés sur le niveau opéré restent indispensables. Elles permettent en général de contrôler par l'exérèsie lamaire pratiquée la concordance du nilieau opéré et de 1e imagerie préopératoire et d'apprécier l'importance du pincement discal postopératoire. Des orientations diagnostiques sont déjà possibles : séquelles de sp )ndylodiscite (fig. 6) glissement intervertébral ou signes indirects de sténose (pédicules courts hypertrophie des massifs articulaires sténose foraminale).

L'examen attentif de la résection osseuse lamaire et articulaire pratiquée lors de la première intervention peut révéler une fracture de l'articulaire inférieure partiellement excisée ou une fracture d'isthme sus-jacent (fig. 4).

Ces fractures peuvent être suspectées devant une perte de parallélisme des surfaces articulaires due à leur déplacement : elles seront parfois plus faciles à affirmer sur des clichés de trois quart des tomographies ou un scanner avec reconstruction. Si une stabilisation a été réalisée ces radiographies sont nécessaires pour apprécier la qualité de l'arthrodèse et pour dépister une éventuelle complication de l'ostéosynthèse.

Scanner avec bolus intraveineux iodé

Il permet en faisant varier la fenêtre de densité l'analyse des structures osseuses puis celle des parties molles.

C'est cet examen qui montre le mieux la sténose constitutionnelle ou arthrosique pré-existante à la première opération ou apparue depuis : sténose globale du niveau opéré (fig. 2) ou purement latérale dans le récessus (fig. 3) ou dans le foramen ; sténose aux niveaux sus-jacents.

Il permet une meilleure analyse du sacrifice osseux réalisé par l'intervention que les radiographies (fig. 7). Des structures calcifiées compressives peuvent être identifiées mieux que par la RMN : calcification secondaire d'un ligament jaune remis en place après excision discale (fig. 13) calcification de la capsule articulaire ou du bourrelet discal incisé fragment osseux de laminectomie ou greffon d'arthrodèse migré.

Enfin il peut montrer une arachnoïdite calcifiante parfois responsable de douleurs (fig. 8). En densité de parties molles avant l'injection iodée certaines complications peuvent être identifiées : migration d'un greffon graisseux en postopératoire ou méningocèle diagnostiquée parfois à distance de l'opération. Une image de hernie discale peut être découverte aux niveaux vierges ou du côté non abordé et cohérente avec les douleurs actuelles.

Mais dans le site de la première intervention l'analyse des parties molles est en général rendue impossible par la fibrose cicatricielle péridurale : cette fibrose est presque constante plus ou moins importante et réalise une hyperdensité qui en remplaçant la graisse épidurale rend souvent indiscernable un fragment discal. Le principe de l'injection intraveineuse iodée repris ultérieurement dans l'injection intraveineuse de gadolinium pour la RMN utilise le fait que théoriquement la cicatrice fibreuse est vascularisée et le séquestre discal avasculaire. Une hernie discale ou un séquestre migré deviennent alors visibles hypodenses et contrastant avec la cicatrice devenue hyperdense après injection (fig. 9).

Une récidive de hernie discale peut ainsi devenir évidente si l'image est volumineuse mais il persiste des cas douteux dans près de 20 p. cent des cas comme l'a évalué Firooznia [7] car la fibrose peut être en fait peu vascularisée ou le séquestre discal ancien colonisé par la néovascularisation qui l'entoure. Enfin Tullberg [16] a montré récemment par des scanners répétés chez 50 opérés qu'au cours de la première année postopératoire il est banal qu'une image discale refoulant la racine persiste entourée de fibrose et sans corrélation avec l'état clinique.

RMN avec injection de gadolinium

Pour décider d'une réintervention chirurgicale il est important de disposer d'un bilan suffisamment exhaustif pour ne pas méconnaître une compression lombaire haute (rétrolisthésis hernie discale sténose centrale tumeur vertébrale...) ou une pathologie intradurale.

La RMN peut ainsi découvrir un neurinome ou une tumeur de la queue de cheval méconnue sur le seul scanner préopératoire.

Elle peut montrer une arachnoïdite séquelle d'injections intradurales ou de l'intervention chirurgicale surtout si du sang a pénétré dans le sac dural à la faveur d'une brèche. Cette arachnoïdite est à distinguer de la fibrose épidurale : une arachnoïdite importante peut coexister avec une fibrose minime et à l'inverse une fibrose majeure avec une absence d'arachnoïdite. Cette arachnoïdite peut être responsable de douleurs séquellaires et prendre trois aspects à la RMN : racines adhérentes à la périphérie du sac dural racines accolées entre elles au sein du liquide céphalorachidien ou enfin aspect nodulaire arrondi d'allure pseudotumorale.

En objectivant l'accumulation d'eau par la séquence T2 la RMN peut révéler une méningocèle (fig. 10) et permet alors de repérer ses expansions et ses rapports avec le sac dural. Un corps étranger tissulaire peut passer inaperçu au scanner étant de même densité que les muscles et devenir évident à la RMN par la réaction inflammatoire qui l'entoure. La persistance d'un hypersignal intradiscal en T2 avec des images radiographiques évocatrices de spondylodiscite fait suspecter une infection encore évolutive (fig. 11) : une ponction-lavage du disque est alors nécessaire pour identifier le germe.

La comparaison des images en séquence TI avant et après injection de gadolinium est indispensable pour évaluer l'importance de la fibrose épidurale et pour faire le diagnostic de hernie discale laissée en place ou récidivée (fig. 12). Dans ce diagnostic la RMN présente une plus grande sensibilité que le scanner : elle a été évaluée à 92 p. cent par Lévèque à propos de 32 cas [12]. Mais il persiste des faux négatifs de récidive herniaire et des prises de contraste intermédiaires douteuses [1] pour les mêmes raisons que le scanner avec bolus intraveineux iodé (fig. 13a).

Dans ces cas très particuliers le disco-scanner toujours demandé en deuxième intention est le meilleur examen.

Disco-scanner

Il comprend dans un premier temps la réalisation au niveau suspect de récidive herniaire d'une discographie : clle-ci est réalisée par voie postéro-latérale du côté opposé à la radiculalgie pour éviter du côté suspect des fuites de produit opaque le long de l'aiguille qui pourraient être trompeuses.

Dans un deuxième temps le scanner permet d'apprécier s'il existe une fuite de contraste à l'extérieur du disque et si cette fuite injecte l'image qui au scanner ou à la RMN apparaissait comme une possible récidive herniaire (fig. 13b). Dans certains cas cette fuite liquidienne peut même entourer un séquestre exclu et le rendre visible.

Cet examen est performant aussi pour prouver une hernie foraminale ou extraforaminale que les autres examens peuvent hésiter à affirmer surtout s'il existe une fibrose associée. Si en plus des images décrites la discographie déclenche ou accentue la radiculalgie dont se plaint le patient le diagnostic de récidive herniaire s'en trouve conforté.

D'autres examens sont de pratique plus rare

- Clichés dynamiques en l'absence de contracture lombaire pour évaluer une instabilité ou la fusion d'une arthrodèse associée.

- Infiltrations sélectives périradiculaires à la sortie du trou de conjugaison avec neurographie : pour préciser le nerf en cause dans une radiculalgie et surtout pour les compressions foraminales souvent difficiles à affirmer.

- L'épidurographie enfin est rarement pratiquée dans un but diagnostique ; elle sert surtout de contrôle dans le traitement de certaines fibroses péridurales par injection péridurale sous pression.

Au terme de ce bilan il est fréquent de conclure à l'absence de complications chirurgicales et à l'absence de compression nerveuse les examens ne montrant qu'une fibrose péridurale (fig. 14) ou une arachnoïdite (fig. 8).

Ces conclusions ont néanmoins des conséquences thérapeutiques suffisamment importantes pour justifier toutes ces investigations. Plus rarement une indication claire de réintervention fondée sur une imagerie de qualité pourra être proposée.

THERAPEUTIQUES

L'excision d'une récidive de hernie discale est en fait rare et les traitements des échecs de la chirurgie discale aussi variés que les étiologies peuvent être classés en traitement des complications et erreurs techniques traitement médical chirurgie de stabilisation et chirurgie de décompression nerveuse itérative.

Traitement des complications et erreurs techniques

- Une spondylodiscite encore active sur le plan infectieux nécessite une immobilisation par corset rigide et une double antibiothérapie au mieux adaptée au germe isolé lors de la ponction-lavage du disque en sachant qu'une culture stérile n'élimine pas forcément ce diagnostic.

L'existence d'une épidurite infectieuse associée est une éventualité très grave avec un taux de survie de l'ordre de 50 p. cent ; elle conduit à une excision chirurgicale et un drainage après laminectomie sur toute la hauteur de l'extension intracanalaire appréciée à la RMN ou au scanner. Une ostéolyse corporéale importante (fig. 11) ou une évolutivité persistante sous traitement médical peuvent imposer une excision et une arthrodèse intersomatique par voie antérieure.

Une méningocèle peut nécessiter une réintervention si elle est symptomatique ; les parois de la poche dans les structures musculaires seront excisées et le collet duremérien repéré ; si des racines font hernie dans la méningocèle elles seront réintégrées prudemment dans le sac dural après agrandissement du collet et en libérant les adhérences arachnoïdiennes.

La fermeture étanche du sac dural doit être obtenue : un simple surjet passé peut suffire pour une brèche peu étendue si elle n'entraîne pas de sténose du sac ; pour une brèche plus large il peut être nécessaire de pratiquer un patch de dure-mère lyophilisée ou d'aponévrose des muscles paravertébraux.

La mise en place de colle biologique sur les sutures est utile pour parfaire l'étanchéité qui est contrôlée par une manoeuvre d'hyperpression thoracique que réalise l'anesthésiste. En postopératoire un décubitus strict de 5 jours au minimum est nécessaire avec drainage non aspiratif pour certains et sans drainage pour d'autres.

- D'autres complications peuvent nécessiter une réintervention précoce ou tardive : ablation ou suture d'un greffon graisseux non fixé déplacé et compressif ; ablation de fragment osseux ou de greffon compressif dans la laminectomie ; modification d'une ostéosynthèse.

Taitement médical

1. En dehors des éventualités citées une persistance ou une récidive de radiculalgie doit d'abord être traitée médicalement comme pour un rachis vierge une réintervention n'étant envisageable que si ce traitement échoue.

En effet nombre de récidives douloureuses peuvent être soulagées par le repos le port d'un corset l'association d'antiinflammatoires d'antalgiques et de décontracturants ou la réalisation d'infiltrations péridurales intrathécales ou par les trous sacrés ou le hiatus sacré.

Une lombalgie sévère peut être soulagée suivant les constatations cliniques par des infiltrations des articulaires ou des ligaments ilio-lombaires ou par une injection intradiscale de corticoïdes.

Toutes ces thérapeutiques n'ont pas une validation scientifique et ne sont pas universellement reconnues même pour un rachis vierge; néanmoins comme Wilkinson [18] le montre bien il est logique de les utiliser sur la seule base de leur faible risque et de ]leur efficacité chez certains patients pour essayer d'éviter- une réintervention chirurgicale même si celle-ci paraît etnatomiquement logique.

2. Si le bilan d'imagerie n'a identifié qu'une fibrose péridurale ou une arachnoïdite la cause même des douleurs persistantes reste obscure. En effet ces constatations sont banales et compatibles a vec un bon résultat clinique : un travail effectué dans le service pour le problème voisin des sténoses lombaires opérées avait montré au scanner une fréquence de 80 p. cent de la fibrose péridurale à 6 mois de l'intervention non corrélée à la présence d'éventuelles radiculalgies persistantes [3]. Fibrose et arachnoïdite perturbent la vascularisation radiculaire et limitent la mobilité naturelle des structures nerveuses dans le rachis : elles rendent ainsi ces structures plus vulnérables à la persistance ou à la récidive d'une compression minime ; enfin elles augmentent les risques d'une réintervention réalisée pour une autre indication. Il est donc logique de s'attacher à les prévenir mais leur responsabilité propre dans les douleurs résiduelles a sans doute été exagérée par le passé.

Les interventions d'excision de fibrose péridurale ou d'ouverture des gaines radiculaires ou de neurolyse intradurale pour arachnoïdite qui étaient proposées sont désormais à déconseiller : responsables en crande partie des aggravations neurologiques que nous avons évoquées elles n'obtenaient que trop rarement une diminution des douleurs (15 p. cent de diminution des douleurs pour 72 patients opérés par Jorgensen [101).

De plus elles étaient souvent suivies d'une récidive sur un mode accentué de la fibr()se ou de l'arachnoïdite. Il paraît désormais plus probable que ces douleurs résiduelles chroniques persistantes en l'absence de compression soient dues à des lésions axonales et à une fibrose intraneurale que ces interventions ne faisaient qu'accentuer. Les lésions axonales sensitives entraînent une déafférentation du niveau médullaire qui amplifie la douleur résiduelle souvent sur un mode causalgique.

Le traitement de ces douleurs est très difficile et mené au mieux par des équipes pluridisciplinaires dans des centres spécialisés d'école du dos ou de consultation de la doul(-ur. Il fait appel aux traitements médicaux déjà exposés et de façon plus spécifique aux médications de la douleur chronique (encycliques anticonvulsivan-ts) aux infiltrations épidurales sous pression et à la nettrostimulation tra.nscutanée.

Une prise en compte de la composante psychologique est indispensable avec suivant les cas et les équipes : utilisation de médications anxiolytiques ou antidépressives psychothérapie approche psychosomatique technique de relaxation ou de « bio-feed back ».

La composante rachidienne doit être parallèlement traitée pour apprendre au patient à mieux utiliser son dos dans les activités quotidiennes et dans le travail : ergothérapie rééducation proprioceptive pour certaines activités verrouillage lombaire et renforcement musculaire isométrique pour d'autres récupération d'une bonne mobilité des hanches.

La physiothérapie est souvent utile par l'effet analgésique et myorelaxant de la chaleur et des massages. Des périodes de mise au repos (lit tractions lombostat) peuvent être nécessaires pour des accès douloureux subaigus mais l'ensemble de ces traitements vise au contraire à la récupération progressive d'un niveau d'activité physique croissant. Ce type de prise en charge nécessite un suivi pluridisciplinaire qu'il est préférable d'organiser le plus près possible du domicile pour ne pas renforcer le sentiment de gravité des troubles et la désinsertion sociale et familiale.

Dans le traitement de ces radiculalgies chroniques la place de la chirurgie est très limitée : les interventions de rhizotomie de radicotomie sensitive ne sont que rarement pratiquées par quelques neurochirurgiens ; il peut être utile d'implanter des électrodes de stimulation de la moelle dorsale si la neurostimulation transcutanée s'est avérée efficace et dans des cas exceptionnels une pompe pour instillation épidurale ou intradurale de morphine.

CHIRURGIE DE STABILISATION ET DE DECOMPRESSION NERVEUSE ITERARIVE

Stabilisation et décompression nerveuse itératives parfois associées sont donc les deux actions chirurgicales habituellement possibles par une réintervention.

Stabilisation

Elle peut être indiquée à titre curatif pour une réelle instabilité préexistante à la première intervention ou créée par elle ou à titre préventif si une résection osseuse importante et déstabilisante est prévisible lors de la décompression nerveuse itérative.

Un échec par lombalgie invalidante peut aussi faire poser l'indication d'une arthrodèse quand les niveaux adjacents sont sains à la discographie ou à la RMN.

Enfin certains la préconisent pour supprimer la mobilité au niveau où n'a été identifiée qu'une fibrose péridurale dans l'espoir de diminuer les lomboradiculalgies séquellaires : c'est d'ailleurs pour cette indication de reprise que l'arthrodèse postéro-latérale a été initialement proposée.

Pour une réintervention il paraît particulièrement important de proposer la stabilisation la plus éprouvée.

Ligamentoplasties implants intervertébraux ou prothèses discales ne paraissent pas avoir fait suffisamment la preuve de leur fiabilité et de leur durabilité pour être recommandables dans cette indication.

L'arthrodèse avec greffe autologue est certainement actuellement la méthode la plus sûre : il s'agit le plus souvent d'une arthrodèse postéro-latérale réalisée par la voie médiane si une libération nerveuse itérative est envisagée ; dans le cas contraire il vaut mieux la pratiquer par deux voies transmusculaires postérolatérales après avoir agrandi l'ancien abord cutané médian et réalisé deux décollements aponévrotiques ; en effet cette technique évite de prendre le risque de pénétration intracanalaire ici inutile.

Certains préconisent une arthrodèse intersomatique par voie postérieure quand une réintervention intracanalaire est nécessaire : avec cette technique Lerat a obtenu 13 résultats satisfaisants pour 16 patients réopérés [11]. O'Brien [13] pratique quant à lui une arthrodèse combinée antérieure et postérieure en un temps avec 86 p. cent de bons résultats mais il ne donne pas de précision sur les états cliniques préopératoires ni sur les critères d'appréciation des résultats.

Décompression nerveuse itérative

Elle ne pose de problème particulier que si l'agent compressif est situé au niveau et du côté déjà opéré au sein de la fibrose. La résection extensive de fibrose est inutile et expose au risque de blessure radiculaire : il vaut mieux la limiter au minimum nécessaire pour aborder la lésion compressive et certains comme Ebeling [6] préconisent l'usage du microscope pour rendre plus fine et moins traumatisante la dissection. Cette chirurgie de reprise est difficile et Dietmar [5] rapporte 17 4 p. cent de brèches durales 2 9 p. cent d'erreurs d'étages et 8 7 p. cent d'hémorragies importantes ; le taux de complications peropératoires de 13 7 p. cent pour une première intervention passe à 27 5 p. cent dans cette chirurgie des récidives par des opérateurs expérimentés.

Sur le plan technique certains conseils peuvent être dégagés : il faut tout faire pour que cette réintervention décidée soit la dernière ; il faut vérifier toutes les zones de compression possible même si elles ne sont que suspectées par l'imagerie ; de même il faut réaliser une arthrodèse si on redoute une déstabilisation : dans ces réinterventions les exérèses osseuses nécessaires pour assurer une libération nerveuse complète en toute sécurité sont plus importantes que dans une intervention de première intention.

Si une ostéosynthèse est associée à l'arthrodèse il est préférable de la réaliser en titane car une nouvelle récidive douloureuse restant toujours possible l'acier rendrait ininterprétable une grande partie de l'imagerie postopératoire dont nous avons vu l'importance. Il est souhaitable de pratiquer cette chirurgie de reprise en agrandissant la voie d'abord précédente et en exposant toutes les structures osseuses nécessaires avant de pénétrer dans le canal rachidien : pourtour de l'ancienne zone de laminectomie isthmes et articulaires restants et apophyses transverses si une arthrodèse postérolatérale est prévue.

La fibrose qui couvre l'ancienne zone de laminectomie est laissée en place et décollée progressivement à la spatule des structures osseuses qui la circonscrivent : une traction modérée sur ce bloc fibreux facilite les dissections ultérieures et cette fibrose protège le contenu dural.

En fin d'intervention il est souhaitable de la désépaissir pour évit

Par syl31 - Publié dans : malaudos
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Lundi 10 avril 2006 1 10 /04 /Avr /2006 12:06
[acfas] 

Article 14/Mal de dos, mal de l'âme ?

En 1862, l'égyptologue Edwin Smith achetait à Louxor, en Haute Égypte, un curieux papyrus remontant à 1 500 ans avant Jésus-Christ. On allait découvrir qu'il s'agissait en fait d'un traité de médecine, considéré encore aujourd'hui comme le plus ancien écrit chirurgical existant.


Le papyrus d'Edwin Smith décrit 48 histoires de cas en des termes très précis. La dernière a trait à un mal de dos aigu. C'est dire que ce problème de santé, qu'on associe de nos jours au travail, frappait déjà les Égyptiens il y a des millénaires. Sur le document, on peut lire ceci : « Traitement. Le sujet doit être couché sur le dos; il faut lui faire... » La suite demeurera à jamais inconnue, le texte s'arrêtant à ce point culminant. Le papyrus est resté enfoui dans la tombe de son auteur pendant près de 3 500 ans.

Les pharaons ont disparu, mais le mal de dos est resté. Il fait toujours partie de la condition humaine et n'épargne personne. Dans toutes les cultures et depuis longtemps, hommes, femmes et enfants ont été affectés par des douleurs à la colonne vertébrale.

Le mal irradie parfois jusqu'aux extrémités des membres, génère beaucoup de souffrance et limite considérablement les activités. Ce problème, qui affecte le plus souvent les régions les plus mobiles de la colonne vertébrale (cervicale et lombaire), afflige environ 85 p. 100 de tous les individus au cours de leur vie, le plus souvent entre 35 et 55 ans.

Il s'agit du deuxième plus fréquent motif de consultation médicale après les affections des voies respiratoires supérieures comme le rhume et la sinusite. C'est également la toute première cause de limitation d'activités chez les adultes de moins de 45 ans et la seconde, après l'arthrite, chez les 45 à 65 ans.

Aux États-Unis, on estime le coût annuel total du mal de dos à plus de 100 milliards de dollars américains, incluant les frais indirects comme la perte de productivité pour les entreprises.


Au Canada, toutes proportions gardées, les coûts associés sont aussi très élevés. La situation se répète un peu partout dans les pays industrialisés où les dépenses associées au mal de dos augmentent de façon vertigineuse depuis plusieurs années, plus rapidement que pour toute autre cause d'incapacité.


Chez les travailleurs, environ 80 p. 100 de ces dépenses sont imputables aux problèmes les plus sévères qui nécessitent une absence du travail pendant six mois et plus, c'est-à-dire environ 10 p. 100 de tous les cas.

S'agit-il là d'un héritage des temps modernes ? Non.


Rien n'indique que le mal de dos soit plus ou moins fréquent aujourd'hui qu'au siècle dernier. Les chercheurs qui en ont estimé l'incidence depuis plusieurs décennies ont observé des taux stables.


Mais quelque chose a changé : dans les pays développés, les incapacités et les demandes de compensation financière pour maux de dos ont connu une telle augmentation chez les travailleurs et travailleuses qu'il n'est pas du tout exagéré de parler d'une véritable épidémie. Cette situation fait l'objet de recherches de plus en plus nombreuses, qui, si elles n'ont pas encore révélé toutes les causes du mal et de ses conséquences, ont cependant permis de mieux comprendre le problème et d'en améliorer le traitement.

Voici ce que l'on sait aujourd'hui...........


Le mal de dos est parfois, mais très rarement (dans environ 1 p. 100 des cas) causé par une tumeur, une infection rachidienne ou une maladie arthritique inflammatoire.


Dans la très grande majorité des cas, cependant, il s'agit d'un problème non spécifique, c'est-à-dire d'une douleur dont l'origine exacte ne peut être déterminée. Pour les patients, comme pour tous les intervenants, cette incertitude est évidemment insécurisante, et elle a donné lieu à de nombreuses pratiques fondées sur toutes sortes d'hypothèses qui ne reposent souvent sur aucune base scientifique.


C'est ainsi qu'on croit régulièrement, à tort, que le mal de dos est principalement dû à une dégénérescence ou à une quelconque malformation osseuse, ou encore, au déplacement d'un disque intervertébral.


Des études récentes ont clairement démontré que, la plupart du temps, les examens radiologiques sont inutiles : alors qu'on trouve des anomalies radiologiques chez beaucoup de personnes qui n'ont pas mal au dos, ces signes sont souvent absents chez les personnes qui en souffrent.

Dans l'état des connaissances actuelles, il faut considérer le mal de dos plus comme un problème de douleur que comme un problème anatomique.


La douleur serait déclenchée par un traumatisme anatomique, comme une entorse. Le dos compte beaucoup de ligaments! Dans la très grande majorité des cas, il suffit de réduire temporairement ses activités habituelles (mais jamais plus de deux ou trois jours de repos au lit), d'utiliser des médicaments anti-inflammatoires et des analgésiques, et de faire preuve de beaucoup de patience pour venir à bout du problème en quelques semaines.


Pour 8 à 10 p. 100 des sujets, cependant, la douleur persiste et peut devenir chronique. Se développe alors un véritable syndrome douloureux qui n'a plus rien à voir avec la blessure.

Deux éminents chercheurs de l'Université McGill, Ronald Melzack et Patrick Wall, ont élaboré dans les années 1960, la théorie dite du « portillon ». En bref, cette théorie stipule que la perception de la douleur par le cerveau est modulée par des messages provenant autant de la périphérie que du système nerveux central. Le portillon se situerait au niveau de la corne dorsale de la moelle épinière, là où entrent les fibres nerveuses responsables de la transmission des messages de douleur au cerveau, qui les interprète.


Dans certaines circonstances, le portillon pourrait carrément se fermer pour bloquer le message douloureux (chez un athlète pendant une compétition, par exemple), alors que dans d'autres, il s'ouvrirait tout grand. Le sujet percevrait alors une douleur importante sans qu'il y ait de dommage anatomique proportionnel. C'est sur ce mécanisme que repose le principal modèle actuellement utilisé pour expliquer le mal de dos chronique.

De nombreuses études ont mis en lumière le rôle de facteurs physiques comme la manutention de charges lourdes et l'exposition à des vibrations du corps entier en relation avec le mal de dos. Ces facteurs n'expliquent qu'en partie, toutefois, l'apparition du problème et l'ampleur de ses conséquences.


L'environnement psychosocial de travail, les antécédents médicaux, le tabagisme, la sédentarité et le fait d'avoir de jeunes enfants pourraient aussi intervenir. Mais aucun de ces facteurs n'est déterminant lorsque considéré seul.


Le mal de dos est maintenant reconnu par la communauté scientifique comme un problème de santé lié à plusieurs facteurs autant physiques et biologiques que psychologiques et sociaux.

Comme environ 90 p. 100 des personnes récupèrent en quelques semaines et que les efforts pour prévenir le mal de dos à la source n'ont jusqu'ici pas porté fruit, c'est vers la prévention de la chronicité, le cœur du problème, que les efforts de recherche sont maintenant majoritairement dirigés.


On cherche ainsi des caractéristiques qui permettraient de repérer précocement les cas les plus susceptibles de devenir chroniques (comme la fièvre est un signe de la gravité d'une infection).


Cela permettrait d'intervenir rapidement et de façon plus spécifique, avant que le cercle vicieux de la douleur ne s'installe à demeure. Étant donné les coûts humains et sociaux associés au mal de dos chronique, cet objectif est devenu extrêmement important et constitue sans aucun doute une véritable quête du Saint-Graal pour les chevaliers de la recherche en ce domaine.


À ce jour, on sait que les caractéristiques les plus intéressantes sont de nature psychologique comme des symptômes de dépression, des signes de détresse possiblement des conséquences du mal de dos.


Clermont Dionne  


source: http://www.acfas.ca/concours/eureka01/dionne.html

Par Posturoptimiste - Publié dans : malaudos
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